Enquête explosive en Espagne : les dessous des manœuvres du Makhzen entre cyberespionnage, narco-trafic et chantage migratoire

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— La Rédaction 

La façade d’un partenariat de bon voisinage s’effrite un peu plus chaque jour face à la réalité des faits. Les révélations d’une enquête approfondie publiée par le média espagnol Infobae España, signée par le journaliste David Fernández sous le titre évocateur « Maroc : une histoire d’espions, de cybercriminels, de vagues migratoires et de milliers de tonnes de cannabis », mettent à nu les méthodes d’une diplomatie de l’ombre et de la pression, documentées par des sources sécuritaires, judiciaires et du renseignement.

Le cyberespionnage au cœur de la stratégie de ciblage

L’un des pans les plus révélateurs de cette investigation réside dans l’utilisation à grande échelle du logiciel espion Pegasus. Entre mai 2018 et juin 2019, pas moins de 768 cyberattaques ont visé 250 terminaux téléphoniques en Espagne. L’élément le plus troublant de cette campagne d’écoute réside dans le profil des cibles : loin de se limiter à des acteurs politiques, le dispositif a visé des responsables sécuritaires espagnus pourtant engagés activement dans la coopération bilatérale.

À l’image du colonel Alberto Aguilera, dont le téléphone a été compromis à cinq reprises, malgré son rôle clé d’ancien attaché de l’Intérieur à l’ambassade d’Espagne à Rabat et cofondateur du Centre de coopération policière hispano-marocain à Tanger. Pour les services de renseignement espagnols, et tel que le relaye le journaliste José Bautista dans le cadre des enquêtes de Forbidden Stories, cette surveillance systématique amorcée dès 2014 relève d’une véritable « trahison institutionnelle », illustrant un décalage abyssal entre le discours officiel de coopération et la réalité des opérations d’infiltration.

L’industrie du cannabis et la porosité des structures sécuritaires

Au-delà du renseignement électronique, le dossier du trafic de stupéfiants demeure l’une des dimensions les plus toxiques des relations transfrontalières. Selon les données relayées par Infobae, plus de 70 % du cannabis qui pénètre sur le marché européen provient du territoire marocain. Une réalité chiffrée par les saisies spectaculaires des autorités espagnoles, qui ont intercepté 257 tonnes de résine de cannabis rien qu’en 2025, soit une augmentation de 29 % par rapport à l’année précédente.

Plus grave encore, l’enquête met en lumière une tolérance, voire une complicité au sommet. En 2019, le service de renseignement espagnol avait formellement alerté Rabat sur l’implication avérée de sept hauts gradés de la Gendarmerie royale dans des réseaux criminels transfrontaliers de trafic de drogue et de contrebande humaine. Bien que ces officiers aient été théoriquement écartés, bon nombre d’entre eux ont conservé leurs prérogatives ou ont même bénéficié de promotions au sein d’un appareil où la corruption semble alimenter une économie parallèle profondément destructrice pour les pays riverains.

La tragédie migratoire transformée en levier politique

La migration clandestine, quant à elle, n’est plus traitée par le prisme d’une simple gestion des frontières ou d’un drame humanitaire, mais érigée en instrument de pression politique brutale. L’enquête rappelle des épisodes critiques, à l’instar de l’afflux massif de quelque 80 000 migrants à Sebta en l’espace de deux jours, rendu possible par un desserrement délibéré et orchestré des contrôles frontaliers.

Les statistiques officielles de la période allant de janvier 2015 à août 2026 font état de plus de 56 247 migrants interceptés par les forces de sécurité espagnoles aux seules frontières terrestres de Sebta et Melilla. En s’appuyant sur les analyses de l’agence européenne Frontex, l’investigation met en évidence l’exploitation cynique de la détresse de populations africaines extrêmement vulnérables, sacrifiées sur l’autel d’intérêts géopolitiques étroits et de marchandages diplomatiques.

À travers ce faisceau d’indices et de preuves documentées, l’enquête d’ Infobae dresse le portrait d’un système qui instrumentalise l’espionnage, le narcotrafic et le désespoir humain comme des extensions naturelles de sa diplomatie, mettant en péril la stabilité et la sécurité de l’ensemble de son voisinage méditerranéen.

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