Par OULHASSI Mohamed
Mesurer les pertes dans le domaine de l’industrie de transformation agricole en Algérie implique nécessairement une rétrospective sur les riches activités qu’embrassait notre agriculture
Ces pertes apparaissent dans toute leur ampleur quand on saura que les matières premières entrant dans le processus de fabrication de maintes usines de transformation faisaient la richesse de certaines régions de notre pays.
Malheureusement de nos jours, ces produits sont soit soit importés à l’état brut ou semi-finis soit sous forme de produits manufacturés. Il n’est pour exemple que les cultures de tabac, du coton, de la betterave sucrière ou du géranium qui ont donné des résultats plus que satisfaisants.
L’un des témoins qui, manifestement, rappelle à notre mémoire le passé pas lointain ou l’agriculture constituait une source de revenu non négligeable, s’avère être les bâtiments des tabacoop qui en imposent par leur gigantisme et qui sont actualisés à des fins de stockage de produits non agricoles ( Dréan, wilaya d’El taref) ou transformés en foires d’exposition ( La tabacoop d’Annaba jusqu’à un passé récent et qui avait fait l’objet de démarches en vue de son expropriation par certains personnages.
D’autres témoins de ce riche passé peuvent être découverts par la visite de domaines agricoles tels, par exemple les équipements rouillés par le temps, jetés pèle- mêle dans un abandon total et qui ont formés les premières distilleries de géranium de la daira de Bouchegouf ( wilaya de Guelma°).
Pour le reste des cultures industrielles, qui ont fait leur preuve,, il ne reste plus que la mémoire des hommes à nous rappeler qu’elles ont effectivement existé : le coton et la betterae sucrière sont parmi celles.ci..
Ainsi constatons-nous que ce qui fait aujourd’hui le malheur de l’économie algérienne satisfaisait hier non seulement les besoins
En produits agricolesde la population mais participait aussi dans une large mesure dans la production de cultures nécessaires au fonctionnement de l’industrie agricole, secteur largement tributaire présentement de l’importation de matières premières.
Il ressort d’après l’enquête effectuée avec des ingénieurs agronomes et vieux paysans ayant vécu les différentes étapes de la pratique législative qui a désagrégé l’agriculture que les vraies causes de la suppression des cultures industrielles restent méconnues.
Les plans de culture tracés dans un passé récent par l’administration centrale étaient impératifs et ont donc éliminé peu ç peu des exploitations l’une des spécialités dans laquelle les paysans ont acquis un savoir-faire important
Mise à part, l’introduction éphémère de la betterave sucrière dans les années 70 qui accompagna la construction de sucreries, l’on peut dire qu’à cette date les superficies destinées aux autres plantes ou cultures industrielles ont quasiment disparu.
La culture du tabac est considérée comme un appoint important dans la rentabilisation es exploitations agricoles puisque (ayant lieu, dans ce qui est appelé par les fellah une période creuse.. Ce qui signifie, l’utilisation des terres après les récoltes des céréales, tomates et autres produits de la saison d’été d’autres termes, la mise au repos de toutes les autres terres des domaines jusqu’à la saison des semailles comme il se fait de nos jours, était pratiquement inconnue.
Par exemple, de Medjezfa ( wilaya de Guelma) à Annaba, des milliers d’hectares, donnaient chaque année des milliers de tonnes de tabac, de qualités différenteset étaient transformées directement par les usines de tabac ou exportés.
Il n’est nullement besoide démontrer , dans ce cas précis,l’apport financier qui découlede la culture du tabac, ne serait ce que sur le plan des gains financiers sur sur les importations.
Le coton, quant à lui,fut abandonné vers la fin des années, Aucun des agriculteurs interrogés n’a pu invoquer la raisonna qui a pu éliminer des projets de culture sa disparition.
Notons également l’existence de deux de deux distilleries de géranium dans la daira de Bouchegouf. Localisées à Zouia et au domaine Oued El Mellah L’extrait de Géranium qui sert à la fabrication de parfums était destiné exclusivement à l’exportation. Bien entendu, le géranium était cultivé dans la région même. Le dernier exemple de culture industrielle. Qui lui, comme on l’a signalé,, introduit à grande pompes dans les années soixante-dixix, comme elles disparurent dans le silence total est la betterave.
D’après les techniciens qu’on a pu rencontrer et qui étaient tous mêlés de près ou de loin à cette expérience, les rendements étaient rentables. Compte tenu du seuil de rentabilité de la betterave qui est fixé à 15 tonnes à l’hectare, les rendements moyens réalisés dans la région d’El Hadjar étaient de 16 tonnes et les essais dans les domaines Barket à Khemis Miliana donnèrent une moyenne de 40 tonnes/hectares ( Source technicien ex responsable de la culture betteravière à El Hadjar).
Il en fut de même pour Medjezfa ( Guelma) ou les rendements furent satisfaisants. La betterave sucrière, comme son nom l’indique entre dans la fabrication du sucre et est génératrice de sous-produits comme la pulpe de betterave qui sert à l’alimentation de bétail ou la mélasse qui est un élément essentiel dans la fabrication de levure. mélasse, actuellement, est importée par ERIAd pour les levureries
La question. Qui nous intéresse davantage est, après ce tour d’horizon, est non exhaustive , pourquoi toutes ces culturesont été abandonnéesalors que techniquement elles étaient viableset auraient constituées le fer de lancedu développement agricole ?
Aucun des techniciens interrogés n’a pu répondre la question car les décisions de suppression ont été prises en haut lieu, peut être par des personnages qui ne connaissent rien à l’agriculture.
Parmi les hypothèses avancées concernant cet abandon figure l’idée de développement de la culture de la tomate industrielle. Mais au vu des pénuries que connaissent périodiquement les marchés de détail, il n’est pas probable que les objectifs soient atteints.
Par ailleurs, il apparait clairement que les méthodes d’exploitationen vigueursoient incriminées. Nous citerons principalement les horaires de travail, le choix de culture qui demandent peu ou prou d’entretien, la bureaucratie du secteur. Quand on connait par exemple ce que demande comme temps de travail la récolte du tabac, nous comprendrons aisément l’impact de ce qui existe actuellement. La présence permanente d’ouvriers pendant la récolte sur les champsest l’une des conditions de réussite
La cueillette, le séchage et l’emballage ne doivent connaitre aucun répit jusqu’à la fin de campagne. C’est pourquoi les traditions de cette culture dans beaucoup de régions reposaient sur la participation des familles paysannes.d’ailleurs ne dit-on pas, que le tabac est d’abord une culture de famille ? Tout le monde y participait.
L’adage dit que le passé éclaire l’avenir. Ne pourrait-on pas dire pour le secteur agricole, bien que cela paraisse un peu péjoratif, que l’avenir– est dans le passé ?

