OULHASSI Mohamed
Le Djebel ou mont des Beni Salah.
Ses frontières couvrent une grande superficie à l’extrême est du pays. Elles vont de Bouchegouf dans la wilaya de Guelma, à Tarf et bien plus loin encore…Mais cela reste dans les limites de la tribu des Beni Salah qui correspond au Arch des Ouled Selim.Donc les Beni Salah se localisent géographiquement dans la bande des Ouled Selim. A l’origine, rien ne les distingue des autres habitants de la région si ce n’est le courage dont ils firent preuve devant le colon français.
La principale caractéristique de cette « tribu » reste donc le courage et la témérité pour la défense des leurs et de leurs terres. La France coloniale gardera en mémoireun souvenir inoubliable sur la bravoure et l’intrépidité de ces hommes face à ses exactions
Les Beni Salah furent aidés par les forêts luxuriantes et impénétrables composées par des essences variées qui permirent aux guerriers de cette tribu de donner du fil à retordre aux officiers généraux sortis de Saint Cyr et autres écoles françaises ; ce qui permit aux français de dépit et de rage de surnommer les Beni Salah de l’appellation de« les Beni Salaud ».
La forêt des béni Salah constitue en elle-même une réminiscence ou une résurgence d’un passé historique représentant l’histoire d’une région. Les premiers feux qu’elle connut le furent à l’orée des premières années de l’indépendance. Il est vrai que des incendies n’y manquèrent pas de voir le jour pendant plusieurs décennies mais comme celui du mois d’Aout 2021, ce fut incontestablement une exception !On a vu l’enfer comme on n’a jamais pu le deviner. Des forêts partirent en fumée. La grande fierté de la région représentée par cette forêt sera-t-elleranimée ? Une forêt que les moudjahidine et chouhadautilisèrent dans leur stratégie de combat durant toutes les années de guerre. A l’indépendance, tout ce qui resta de son immensitéet de sa puissance fut l’exploitation des forets de chêne liège et autres espèces. Il en fut évidement de son utilisation par les terroristes. Les feux de 2021 n’en laissèrent que cendres, poussières et cadavres de bêtes et d’oiseaux rares. Une question de taille ! La forêt des Béni Salah sera-t-elle ressuscitée ?
La route des Beni Salah : Quel chemin prendre ?
En conséquence, quelle est la meilleureargumentation qui va nous faciliter la visite de cette zone exceptionnelle pour ne pas dire simplement comment nous aventurer dans cette belle région si légendaire chez beaucoup d’algériens mais peu connue en l’absence devirées, tournées ou organisation decircuits éducatifs pour des visiteurs.
Ainsi peut-on dire qu’on n’aurait pas remarqué l’existence d’’embranchement routier n’eut été les pancartes qui indiquent différentes localités situées à des distances variées. Ainsi est-il mentionné la ville de Bouchegouf à cinquante kilomètres vers Annaba, sur la route nationale n° 16, Medjezfa à 10 kilomètres vers Souk Ahrassur la même route mais qu’on rejoindra par une bifurcation à quelques lieux plus loin et, enfin, l’endroit qui nous intéresse, dénommé MEGUESMIA.
MEGUESMIA se trouve à trois kilomètres de l’embranchement indiqué et, à environ, trente de BOUHADJAR dans la wilaya de TAREF. C’est unecontrée rattachée administrativement à la commune de Medjezfa dans ladaïra de Bouchegouf qui, elle-même, faitpartie de la wilaya de Guelma. On ne va pas dans cette localité pour changer d’air ou si l’on veut vadrouiller bien que les montagnes environnantes s’y prêtent à merveille. Le destin et les années de terrorisme en ont fait un hameau perdu, déserté par tous sauf par les rares habitants qui y vivent.
La petite localité, vestige de laferme agricole ChahidAsfour Mohamed Chérif qui a été subdivisée en plusieurs exploitations agricoles communales (E.A.C) est une agglomération qui, selon ses habitants, a toujours été abandonnée par les pouvoirs publics. « je n’ai jamais vu la visite d’un seul responsable dans notre région, surtout depuis les années quatre-vingt-dix, période des années de terrorisme. Aujourd’hui, malgré le quasi disparition des épreuves qui ont bouleversé notre société, nous continuons à subir le délaissement de nos hauts responsables. » Celui qui nous parle est un fils de chahid, natif de la région. Il était entouré de plusieurs autochtonesqui acquiesçaient d’ailleurs à tout ce qu’il disait.Délaissées, abandonnées, isolées…sont les qualificatifs qui reviennent le plus dans la bouche des personnes qui nous entouraient
Que subissent ou qu’endurent les habitants de Meguesmia ? Question n’exprimant rien, en réalité. Peut-on demander à quelqu’un qui est dans le dénuement de choisir entre un tourment et un autre ? Notre accompagnateur, monsieur Youcef Gacem, ingénieur agronome de formation, connait bien la région pour l’avoir fréquenté dès le plus jeune âge. Connaissant la majorité des gens rencontrés, il nous dit que les habitants tiennent à ce que cet article de presse arrive aux plus hautes autorités de la wilaya de GUELMA. « On dit que de bons responsables commencent à s’intéresser à leurs administrés. Ils souhaitent bien les recevoir . N’est ce pas une chance pour les habitants d’avoir une visite impromptue dans le douar. »disent la plupart des gens qui ont un grand espoir dans le règlement des problèmes qui les font souffrir comme l’eau, le gaz, l’électricité ou le transport
S’informer de ce qu’endure cette population, si loin des yeux, c’est d’abord la faire sortir de son isolement. Comment se fait-il, par exemple, que cette route de dix huit kilomètres ne soit pas réalisée depuis 2013. N’ayant été achevée qu’à moitié, les gens attendent avec impatience qu’elle soit terminée ne serait ce que pour le transport des écoliers, des collégiens et des lycéens. Dans la campagne qui s’étire jusqu’à l’horizon,aux confins du Djebel des Beni Salah, on aperçoit de très loin les lieux de regroupements des habitants qui attendent, à n’en pas douter, une oreille attentive pour écouter leurs doléances. Ces lieux aux noms barbares pour beaucoup de citadins mais évocateurs pour les enfants de la région ont pour dénomination Bordine, Oum Halouf, El Mekessa, El Makimène…
Meguesmiaainsi que ces douars avoisinants sont les grands perdants de toutes les actions de développement qui sont, d’ailleurs, si rares dans la région de Bouchegouf.La revendication actuelle de la population n’est pas phénoménale ; c’est tout juste qu’on s’occupe dans une première phase de leurs enfants scolarisés. Il n’existe qu’une seule école primaire depuis 1964. Les autres paliers se trouvent à Medjezfa pour les collégiens et Bouchegouf pour les lycéens. Se transporter dans n’importe quels sens constitue un grand problème. Il ya un seul bus pour les écoliers d’Oum Halouf jusqu’à Medjezfa ou sont scolarisés les collégiens, deux fourgons pour lycéens et autres résidents pour Bouchegouf…ce qui veut dire que devant cette insuffisance, il ne faut pas être surpris de.voir cette processions d’adolescents et d’adultes qui se dirigent dans les deux sens entre cet endroit et Bouchegouf distants de cinq kilomètres.
Les autres exigencesrelèvent de ce qu’on appelle les besoins primaires tels que l’eau potable et le gaz. Il faut imaginer ce que peuvent supporter les habitants pour se procurer les bouteilles de gaz surtout au vu du manque des moyens de transport dû au très mauvais état de la route. Pour l’eau, en dehors de l’alimentation de Meguesmia, les autres habitants doivent se suffire des trois puits qui existent.
L’économie est basée sur l’agriculture avec ce qu’elle comporte comme insuffisance de moyens mais il existe une ressource inestimable qui ne demande qu’à être exploitée : c’est la forêt du Djebel des Béni Salah. Dans d’autres conditions et avec peu d’efforts, on peut en faire une zone de tourisme de montagnes. Elle fut déjà préparée pour cette activité quelques années avant l’avènement du terrorisme. On se souvient du lâcher d’animaux comme le cerf de barbarie ou les oiseaux rares qui purent rapidement s’y adapter.
Les terres agricoles s’arrêtent aux pieds des montagnes ou commencent de denses forêts composées de différentes variétés tels que lechêne, le chêne liège,le châtaigner, le sapin, le pin sylvestre… tous ces arbres existent au milieu d’une verdure qui donne à ces paysages une apparence paradisiaque. Quand on s’aventure à l’intérieur de ces forêts on est subjugué par ce que nous réserve la beauté de la nature. Alors, on se met à rêver du changement que peut connaitre cette contrée avec le développement du tourisme de montagnes qui sera accompagné par une grande fréquentation de la région et le développement de services bénéfiques pour l’emploi dont souffre actuellement les jeunes et moins jeunes.Mais peut-on dire que l’incendie de 2021 va être le précurseur à des changements par l’introduction d’investissements salvateurs dans la région ?

