II ème partie – Suite de l’article « Qu’est-ce que le sionisme ? »

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L’écrivain et militant antisioniste Jacob Cohen«-L’Algérie est le dernier grand état Arabe qui maintient une politique conforme à ses intérêts !»

OULHASSI Mohamed

Dans cette dernière partie de notre article, nous allons résumer une interview de Jacob Cohen ou il disait que les : « Les sionistes sont passés maîtres dans l’art de la propagande »

—-Quelle est l’analyse de Jacob Cohen à propos de l’annexion de la Cisjordanie?

Jacob Cohen : Le régime sioniste n’est pas assez fou pour annexer toute la Cisjordanie, car alors il lui faudrait naturaliser tous les Palestiniens. Il veut seulement annexer la Cisjordanie « utile », c’est-à-dire la Vallée du Jourdain, empêchant ainsi un éventuel État palestinien de contrôler ses propres frontières et les grands blocs d’implantations juives. Il continuerait ainsi à disposer d’une main d’œuvre soumise et bon marché, et de la collaboration d’une police palestinienne docile pour maintenir l’ordre colonial…

Mais quoi qu’il en soit, annexion ou pas, les sionistes ne renonceront jamais à ces territoires qu’ils revendiquent. La Vallée du Jourdain leur est déjà implicitement reconnue par toutes les grandes puissances, même la Russie, pour assurer « la sécurité d’Israël ». Et personne ne peut imaginer que le régime sioniste ramène 700 000 colons en-deçà de la ligne verte….

Comment expliquez-vous que vingt ministres du gouvernement israélien sont d’origine marocaine ? Des sociétés de sécurité et de défense israéliennes sont installées au Maroc. Quelle lecture donnez-vous à ces faits ? Le Maroc ne constitue-t-il pas une véritable rampe de lancement de la politique de normalisation prônée par l’entité sioniste d’Israël ?Seulement dix ministres ont une lointaine attache avec le Maroc, dont ils se fichent éperdument. C’est le lobby judéo-sioniste au Maroc, mené par le « sayan » (agent du Mossad) André Azoulay, conseiller de la monarchie depuis quarante ans, qui fait tout pour entretenir l’illusion d’une entente parfaite entre le Maroc et ses anciens citoyens juifs. Tout est fait au Maroc pour raviver une flamme quasiment éteinte. Ceci pour permettre la visite d’Israéliens au Maroc, touristes, artistes, hommes d’affaires, pour pousser vers une normalisation officielle des relations israélo-marocaines.

Il est vrai que le Maroc, depuis l’installation du Mossad dans ce pays dès les années 50 pour faire partir les juifs marocains vers Israël, et l’accord soutiré à Hassan II dès 1961 à cette fin, est l’allié de fait d’Israël et son soutien pour sa légitimation dans le monde arabe. Le roi avait reçu en grande pompe en 1986, en pleine intifada, les dirigeants israéliens Rabin et Peres.

Par ailleurs le Maroc, qui a besoin de l’appui diplomatique américain pour assurer sa mainmise sur le Sahara occidental, fait tout son possible pour être agréable à Israël, dont on connaît l’influence sur les institutions américaines….

Comment expliquez-vous le redéploiement stratégique de l’entité sioniste d’Israël dans toute l’Afrique ?

Ce redéploiement avait commencé dès les années 60 après les indépendances africaines, dans les domaines du bâtiment et de l’agriculture. Un redéploiement stoppé par la guerre de juin 1967 et l’occupation militaire de vastes territoires arabes. Le mouvement non-aligné à l’époque était encore très influent.

Les accords d’Oslo ont redonné une certaine honorabilité au régime sioniste, car on supposait qu’il allait accorder à terme un État aux Palestiniens.

L’Afrique à partir des années 90 n’était plus ce bloc non-aligné sensible à une forme de justice internationale. Elle était rentrée dans le circuit mondialiste et les questions de sécurité étaient devenues primordiales.

Israël était devenu un partenaire important et redouté. N’a-t-il pas contribué à amputer le Soudan de sa partie méridionale ? Ses réseaux en Afrique de l’Est sont très actifs et on connaît leur force de frappe.

Enfin, petit à petit, le régime sioniste est arrivé, chose inconcevable il y a 20 ans, à obtenir l’appui diplomatique de nombreux pays africains lors de votes cruciaux dans les instances internationales.

L’Algérie est un des rares pays qui ne reconnaît pas Israël. L’Algérie ne demeure-t-elle pas une cible permanente de l’entité sioniste d’Israël ?

Tous les pays arabes sont une cible permanente de l’entité sioniste.Même les pays qui se soumettent ne sont pas définitivement épargnés. Ainsi même le Maroc n’échappe pas aux tentatives du Mossad de susciter des élans de séparatisme dans les zones berbères. Ne serait-ce que pour maintenir la pression sur ce pays et lui faire comprendre qu’il a intérêt à se tenir à carreau.

Rappelons-nous le destin de l’Irak et de la Syrie que le régime sioniste a contribué à détruire.

L’Algérie n’échappera pas à la vindicte sioniste, qui cherchera à l’atteindre d’une manière ou d’une autre. Mais ce pays est loin, peu sensible à l’influence étrangère, assis sur une rente importante, avec une vieille histoire de résistance nationale, et un sentiment patriotique très fort. C’est ce qui lui permet d’être l’un des rares pays à tenir tête à l’entité sioniste. Et de par sa position géographique et son étendue, c’est un pays essentiel à la sécurité régionale et donc préservé.

On connaît le poids du lobby sioniste aux États-Unis via l’AIPAC. Quel est le poids du lobby sioniste en Europe ?

Aucune différence si ce n’est d’un point de vue formel. Aux États-Unis, le lobby sioniste a une existence légale, avec ses réseaux d’influences reconnus, ses édifices à Washington et ailleurs, ses congrès où tout candidat à un poste important, sénateur ou président, doit faire son apparition et exprimer son soutien à Israël.

Alors qu’en Europe, le lobby est plus discret mais il n’en est pas moins efficace. Pratiquement tous les pays européens ont interdit le mouvement BDS, et repris à leur compte la définition de l’antisémitisme proposée par un organisme juif luttant contre la « Shoah ». Avec ceci de particulier que toute critique contre Israël est assimilée à de l’antisémitisme.  Les pays européens n’ont même pas été capables d’appliquer leur résolution d’étiqueter les produits qui proviennent des colonies sionistes en Cisjordanie.

En France, au dîner du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), tout l’establishment de la République française et à sa tête le président, vient s’incliner et recevoir ses instructions du lobby judéo-sioniste.

L’Union européenne a créé un organisme de lutte contre l’antisémitisme dirigé par l’allemande Katharina Von Schnurbein. Comment expliquez-vous que l’Union européenne en arrive à créer un organisme pour défendre les intérêts d’Israël avec l’argent du contribuable européen et qu’on n’hésite pas à condamner tous ceux qui sont contre la politique criminelle et fasciste d’Israël en les qualifiant d’antisémites ?

L’«antisémitisme» a été une trouvaille extraordinaire du lobby judéo-sioniste en Europe.Certes, on connaît l’histoire de la seconde guerre mondiale. Mais depuis une trentaine d’années, ce lobby a mis le paquet pour en faire le plus grand fléau du 21e siècle. Quelques attentats arrangés ou montés en épingle, quelques soi-disant agressions verbales, quelques profanations qui tombent à pic, une croix gammée égarée ici ou là, et tous les réseaux médiatiques sont mis à contribution pour faire croire à une résurgence de l’antisémitisme. Les gouvernements européens sont mis sous pression. Ils ne peuvent s’autoriser la moindre faiblesse.

Mais de la critique contre Israël, on passe à l’antisémitisme. L’argument est fallacieux mais il marche. Lorsqu’on critique Israël, on suscite la « haine » contre ce pays et les citoyens juifs européens, et donc les agressions antisémites. Donc il ne faut pas critiquer Israël. L’antisionisme devient un délit car assimilé à l’antisémitisme. Des manifestations pro-palestiniennes sont interdites parce qu’elles conduisent à l’antisémitisme.

L’antisémitisme est devenu une espèce de chèque en blanc donné aux sionistes pour faire ce que bon leur semble en Palestine sans être inquiétés, ni condamnés, ni critiqués.

Vous êtes un grand militant antisioniste et un défenseur de la cause juste du peuple palestinien. Dans votre livre « Le printemps des sayanim », vous évoquez le rôle des sayanim dans le monde. Pouvez-vous expliquer à notre lectorat ce que sont les sayanim et quel est leur rôle exact ?

Les « sayanim », en hébreu « ceux qui aident », sont des juifs qui vivent hors d’Israël, et qui par patriotisme sioniste, collaborent avec le Mossad dans leurs domaines d’activité.

Ils ont été créés dès 1959 par le chef du Mossad de l’époque, MéirAmit. Ils sont probablement entre 40 000 et 50 000. Victor Ostrovski, ancien agent du Mossad et réfugié au Canada, en parle pour certaines affaires. Il avait estimé que dans les années 80, dans la seule ville de Londres, il y avait 3 000 sayanim.

Quelle est leur utilité ? Le Mossad recrute des sayanim qui travaillent bénévolement dans tous les grands domaines. Exemple, les médias : ces journalistes ou patrons de presse juifs à travers le monde vont orienter l’information de manière à favoriser Israël au détriment des Arabes.

Aux États-Unis, on connaît la puissance juive dans l’industrie du cinéma. Juste un exemple. En 1961, Hollywood a produit le film « Exodus » avec Paul Newman, qui raconte la naissance d’Israël en 1948 d’un point de vue sioniste. Ce film a façonné les consciences occidentales pour au moins une génération.

On pourrait dire la même chose pour les institutions financières installées à New York et dominées par des judéo-sionistes.

En France, la publicité, l’édition, la presse, la télévision, l’université, etc. sont plus ou moins contrôlés par des « sayanim ».

On comprend dès lors la force de frappe du lobby sioniste, une force de frappe qui reste de plus invisible.

Le sionisme, qui est le pur produit du Talmud et de la kabbale juive, n’est-il pas une idéologie à la fois raciste et fasciste ?

Si on prend le sionisme dans son acception politique, c’est-à-dire dans la vision nationaliste propre aux mouvements politiques du 19e siècle, c’était une idéologie laïque et progressiste. Elle avait séduit quelques dizaines de milliers de militants, particulièrement en Russie et en Pologne, qui ont cherché à réaliser leur idéal révolutionnaire en dehors des mouvements progressistes de l’époque. Ils voulaient transformer le peuple juif, le rendre « normal ».

Malgré ces caractéristiques, ces militants, en arrivant en Palestine, avaient exclu d’emblée les Arabes de leur projet national. Les germes du racisme étaient déjà plantés. Les Arabes, il fallait les expulser ou s’en débarrasser d’une manière ou d’une autre. Même les kibboutzim, fleurons du « socialisme sioniste », n’admettaient pas les Arabes dans leur sein.

Les guerres et les conquêtes, surtout des villes « bibliques » situées en Cisjordanie, ont précipité la société israélienne vers un fascisme et un racisme messianiques qui ne se cachent même plus. La dernière « loi sur la nation du peuple juif » établit clairement des éléments racistes, comme par exemple la possibilité pour une municipalité juive de refuser des habitants arabes, bien qu’ayant la nationalité israélienne.

La cause juste du peuple palestinien n’a-t-elle pas besoin d’une mobilisation plus intense face aux offensives criminelles de l’armée coloniale fasciste israélienne ? Ne pensez-vous pas que le rôle des BDS est très important pour contrer le fascisme israélien ?

Pour les raisons que j’ai évoquées plus haut, le régime sioniste a réussi à étouffer, au moins en partie, les revendications légitimes du peuple palestinien. Vu que sur le plan médiatique et au niveau des relations avec les gouvernements des principales puissances, la balance penche du côté sioniste. C’est un fait. Même les pays arabes, dans leur majorité, et pour des raisons inavouables s’en détournent.

Le BDS est une arme extraordinaire, mais comme je l’ai dit, il est de plus en plus interdit en Occident car assimilé à un mouvement « antisémite ». C’est aberrant, certes, mais c’est ainsi. Exemple : l’Allemagne a retiré un prix européen à une écrivaine parce qu’elle avait fait quelques mois auparavant des tweets pro-BDS….

Comment expliquez-vous qu’au moment où des Occidentaux épris de liberté soutiennent les BDS, des pays arabes tels que l’Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, etc. normalisent leurs relations avec l’entité sioniste d’Israël dans le cadre du « deal du siècle » dont Jared Kushner est le fer de lance ?

Historiquement, ces monarchies n’ont jamais soutenu les Palestiniens, ou alors du bout des lèvres, car elles craignaient le potentiel révolutionnaire des mouvements palestiniens dans les années 60 et 70. Le monde arabe était alors divisé entre « conservateurs » et « progressistes ». À l’exemple de Hassan II cité plus haut, ces monarchies n’attendaient que l’occasion historique de normaliser leurs relations avec le régime sioniste. Il y va d’ailleurs de leur intérêt, de l’intérêt des castes au pouvoir. On a vu ce qui pouvait arriver aux régimes arabes nationalistes ou progressistes (Irak, Syrie, Libye). On a dû leur mettre le marché en main : rentrer dans le rang et collaborer avec Israël ou on leur balance quelque « Daesh » ou des mouvements séparatistes. Ces monarques n’ont pas l’instinct suicidaire pour une Palestine devenue un mythe de plus en plus évanescent…..

Jacob Cohen : «L’Algérie a remis le Maroc à sa vraie place !»L’écrivain franco-marocain Jacob Cohen se dit convaincu que «la normalisation israélo-marocaine est incontestablement tournée contre l’Algérie». Pour lui, «fort du soutien des Israéliens avec la bénédiction des Américains, soutien couvrant le renseignement, l’armement, l’infiltration, la déstabilisation, le Maroc pensait remporter la bataille du leadership dans la région et asseoir définitivement sa mainmise sur le Sahara Occidental». La rupture des relations avec le régime de Rabat est aussi un avertissement à la France, assure l’auteur de L’Espionne et le Journaliste dans un  Interview accordé à Algeriepatriotique.

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