Par: Allaoua Mansouri
Oui! Hebila! C’est un prénom assez étrange pour une femme.
Hebila était une mendiante que j’appréciais dans ma jeunesse.Dans notre village Sedrata,elle habitait tout en haut de la cité communale avec sa famille.
Chaque jour que le Bon Dieu fait elle descend au village et va de maison en maison,de commerce en commerce, chez le boulanger,chez l’épicier, chez le boucher,pour demander quelques sous ou quelques victuailles.
Hebila devait avoir une cinquantaine d’années. Ses habits étaient toujours propres,une longue gandoura tenue par une ceinture de laine tressée. Sur ses épaules un tricot noir en laine tenu à l’avant sur sa poitrine par une grosse épingle d’argent appelée par les femmes Khoumsa.Ce genre de tricot les femmes l’appellent le fichou.Sur chaque poignet un petit bracelet d’argent berbère. Sa tête était couverte de 2 beaux foulards multicolores. La peau de ses mains,de son visage, etait d’une blancheur inouïe avec des tatouages sur le revers des mains,sur les joues,sur le menton.
Les traits, de son visage ,sont assez fins sans rides.Ses yeux d’un bleu azur vous lancent un regard mélancolique inquisiteur. Sa seule laideur était la lèvre inférieure de laquelle coulait une bave blanche qu’elle essayait avec un mouchoir.Sa démarche est voûtée chancelante avec des pas saccadés qu’elle faisait suivre par une canne et qu’elle traine par terre.Elle tremblait de tout son corps suite à sa maladie de Parkinson.Ses paroles aussi étaient saccadées et quand elle me parlait elle disait comme cela Aaallaaoua ouulliidi.Au pas de porte de notre maison elle s’asseyait et ses tremblements s’atténuent un peu.Des fois sur invitation de ma grand mère maternelle elle rentrait dans la maison.Ça discute un peu entre femmes,on lui donne à boire et à manger puis elle sort pour faire sa tournée quotidienne à travers le village.
Chaque année mon grand père maternel Hadj Mekki Soufi lui donne sa part de « Achour » dîme religieuse musulmane que l’on donne aux démunis et aux pauvres et qui valait le 1/10 de la récolte des céréales.
Hebila était une femme qui meublait le tableau de notre vie quotidienne cela tout au début de notre indépendance. Chaque fois que je pense à elle j’en ai le coeur triste.
Allah yarhmek ya Hebila.

