Par OULHASSI Mohamed
Il n’y a pas si longtemps, la situation était toute autre. Tout concourrait à un développement tout au moins acceptable pour ne pas dire un bouleversement de fond en comble d’une ville qui a tout pour sortir de l’ornière qu’elle connut en tant qu’agglomération coloniale spécialisée dans l’agriculture.
L’extension du village devient une réalité dans les années 80. De village coloniale avec une périphérie ou s’entassent baraquements et gourbis, surgit une ville avec les commodités nécessaires à son épanouissement. Rien ne distingue plus El Hadjar des autres centres de la wilaya d’Annaba. Tout est bien dans le meilleur du monde.
Qui aurait dit que tout va changer ? La vitesse avec laquelle les choses tournèrent laissa les plus conscients et avisés stupéfiés devant les évènements qui matraquèrent tout le monde ! On ne comprend pas toutes ces décisions qui malmenèrent les travailleurs du complexe sidérurgique et des autres entreprises. C’est par dizaine de milliers, si ce n’est plus, qu’on congédia ouvriers, manœuvres ou cadres de leurs postes de travail pour des raisons de manque d’activités, de sureffectifs ou toute autre raison.
El Hadjar connut une posture liée directement à sa nouvelle position économique. De ville riche respirant l’opulence, elle toucha le précipice de la pauvreté. Les sans-emplois ne trouvent rien pour s’occuper et ne restent plus que la débrouillardise, mère de toutes les craintes. Cette situation engendre bien évidement des phénomènes curieux découlant des échecs inhérents au mauvais choix des gagne-pain choisis.
Ainsi, s’il est une ville qui détient le record dans le changement d’activités par les commerçants, c’est bien El Hadjar. La palme d’or dans toute la wilaya d’Annaba lui revient. Parfois la vitesse avec laquelle le changement est réalisé nous laisse pantois. Tel salon de coiffure, localisé une semaine auparavant, est transformé en restaurant.
Tel autre magasin de matériaux de constructions a vite fait de porter l’enseigne de salon de thé. Un kiosque dé tabac se spécialise dans les casse-croutes. N’en parlons pas de cette multitude de personnes qui, après la fermeture des locau officiels s’intronise en restaurateurs ambulants avec tout le nécessaire.
Ainsi, dès dix-neuf heures, parfois, un peu avant, une fumée envahit rues et ruelles de la ville. Les odeurs de merguez et brochettes constituent la meilleure des publicités pour ces marchands. Une heure après leur installation ces « ambulants »ont vite fait de vendre leurs produits. Les retardataires différeront leur gourmandise pour le lendemain.
Qu’est ce qui peut expliquer ce phénomène ou la tendance est surtout aux activités de la restauration ? Il est bien évident que le commerçant n’opère ce changement qu’après analyse intuitive du marché. Pas besoin d’études de marché. Le seul paramètre réside dans la présence de centaines de personnes dans la ville Les premiers contingents envahissent les quartiers dès onze heures. A treize heures, les derniers venus se contenteront de pâtisseries.
Malgré le nombre important de restaurants – quelques-uns seulement méritent l’appellation- rien ne peut suffire.. D’ailleurs, c’est pour cette raison- les commerçants l’ont bien compris- que les prix appliqués sont excessivement élevés et que la qualité de ce qui est offert laisse à désirer. En ce qui concerne la qualité, il est fort douteux que l’on puisse y apporter des améliorations. La raison est simple ; il faut être du métier. Un plomber ou un cordonnier de formation ne peut prétendre apporter du nouveau dans ce domaine qui, quoique l’on puisse dire, relève d’une activité sensible et très noble.
La ville d’El Hadjar dans laquelle sont concentrées des réalisations parmi les plus importantes semble se complaire dans des activités primaires. Rien, malgré la grande extension qu’elle a connu, n’a changé dans l’approche qu’ont les commerçants où autres marchands des activités qu’ils exercent.
La primeur va toujours aux métiers de « restauration ». Sur les autres plans, c’est une ville morte.
La ville El Hadjar dépérit-t-elle ? De symbole du développement algérien à un simple lieu-dit
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