Par A.Ould Omar
Printemps au Canada. Impressions. Nous sommes à la première semaine de mai ; les bourgeons ont fait une timide apparition.
Depuis un mois, je guette leur éclosion. Elle se fait désirer. On m’a tellement parlé de la beauté de cette saison et de sa soudaine arrivée, que je suis attentif au moindre changement. Je suis impatient de voir ça. Par temps permettant, je fais de longues promenades, le long de la berge du St Laurent dont les eaux, encore glacées et toujours tumultueuses produisent un bruit qui berce les rares promeneurs assis sur les bancs. Les commodités (bancs, balancelles, équipements sportifs), mises en place par les services techniques de la circonscription, sont une constante invite au délassement et au calme. La température qui ne dépassait pas toujours les 10 degrés, il y a une semaine, n’incite pas à s’asseoir longtemps.
Le quartier où je réside durant mon séjour est situé au bord du fleuve St Laurent, tout près des rapides.
Ne ris pas de moi, si je te dis qu’inconsciemment, à chaque fois que je passe tout près des rapides, je me revois adolescent, lisant Blek le Roc et imaginant celui-ci bravant le courant,en plongeant dans ces eaux en furie, pour sauver Roddy, son jeune ami trappeur, emporté par les flots impétueux. L’enfance n’estJamais loin!
J’ai également constaté une chose, lorsque je me déplace à pied; les piétons font l’objet d’un respect réel, profondément ancré dans les mœurs des automobilistes. Dès qu’une personne s’engage pour traverser la route, le conducteur lui fait comprendre qu’il n’a aucun souci à se faire, en s’arrêtant de façon ostensible et avec respect. Ce n’est que lorsque celui-ci a rejoint le trottoir que le véhicule redémarre. Ici le piéton est roi.
J’ai mis du temps à m’y faire, tellement je suis conditionné par les comportements irrespectueux qui existent chez nous, dans notre ville.J’avais essuyé une remarque de la part de mon frère, à Alger, la veille de mon départ, pour Montréal; il avait constaté que j’hésitais souvent,au moment de traverser les passages pour piétons.«On dirait que tu es toujours au village, alors que tu vis en ville depuis 60 ans ».
J’ai pris conscience de cela avec beaucoup de peine. Pas pour moi, mais pour nous tous, habitants de cette belle ville, autrefois surnommée la coquette. Nous sommes tellement indisciplinés (conducteurs, cyclistes et piétons).
Tu pourrais me dire que, pour de multiples raisons, nous ne sommes pas si blâmables que ça, mais nous devons reconnaitre que sur ce plan, en particulier, nous sommes au loin de la bonne attitude. J’ajouterai qu’ici, la sanction plane au-dessus de la tête de tout contrevenant (piéton ou automobiliste). Il parait que les amendes sont salées. Aucune permissivité n’est tolérée. Le centime a toujours sa valeur, dans ces contrées ou gagner sa vie est une lutte sans merci.
J’ai pu également apprécier la propreté d’un hôpital(CUSUM) ou j’ai accompagné un ami qui devait faire des examens. La distribution des services, la propreté des lieux, le professionnalisme et la disponibilité du corps médical et paramédical y sont remarquables. Un espace détente et restauration est réservé aux accompagnateurs et aux patients en attente de leurs rendez-vous.
Bien sûr, c’est une impression première, mais je reste persuadé que nos responsables devraient s’en inspirer, s’ils veulent garder les plus motivés de nos jeunes médecins.
Tout le processus obéit à des normes organisationnelles strictes, ne souffrant aucun laisser aller.
On dit que le Canada attire les médecins algériens, mais en fait, pas vraiment. On exige d’eux une mise à niveau difficilement acceptable, pour quelqu’un qui pensait garder le statut qu’il avait dans notre pays. Le conseil de l’ordre veille à ne pas être submergé, par le nombre, pour conserver son standing privilégié. Des conditions draconiennes sont imposées aux immigrants pour avoir le droit d’exercer. Il s’ensuit une perte de statut difficilement acceptable. Nous en reparlerons .Je livrerai mes impressions au fur et à mesure que je pourrai disposer de temps et de micro.
Cher ami
Ça y est ! J’ai enfin une image du printemps.
Je suis surpris par le caractère soudain du changement, alors que je le guettais .Sans crier gare certains arbres ont reverdi brusquement. Dame Nature est si généreuse et imprévisible. Je t’enverrai un petit texte décrivant ce que mes yeux ont vu lors d’une promenade, ce dimanche

