Par OULHASSI Mohamed
Le monde rural, hormis les rares actions qui relèvent beaucoup plus des improvisations d’une administration cloitrée dans les facilités quotidiennes que d’un travail réfléchi, a toujours été le parent pauvre du développement. La dévalorisation de la vie paysanne, le mépris de l’ordre traditionnel, les effets des décisions bureaucratiques ou politiques qui visaient à l’instauration d’une agriculture moderne, l’intrusion des spéculateurs et autres profiteurs, l’industrialisation des régions sans études préalables et, enfin, l’absence et pour la non application des lois qui préservent et sauvegardent nos campagnes ont entrainé l’effritement économique et social de la communauté paysanne.
Cette désagrégation de la vie sociale dans les campagnes peut être observée tous les jours mais le miroir qui reflète le mieux ce changement est le jour de marché ou, si l’on veut, le souk.
Le souk est à la campagne ce qu’une foire est à la ville. Si le premier met en valeur la production ainsi que les besoins d’une zone rurale’ la seconde, c’est-à-dire la foire’ reproduit la capacité d’une économie à une échelle plus grande.
La seconde différence est inhérente à la périodicité Le premier est, en général, organisé hebdomadairement, la seconde dans une période plus longue.
Visiter un souk, c’est mesurer l’économie locale, ou, encore, l’économie agricole de base. C’est aussi, avoir la possibilité de s’imprégner de la campagne
Seulement, la campagne comme toutes le autres communautés de notre pays,, a changé. Pas dans le sens désiré, c’est-à-dire moderne, productivité prospère ….
Et si un jour, dans nos rêves d’enfance ou de jeunesse pour les plus âgés, vous estimez que plus rien ne vous rappelle la campagne qui vous a vu naitre et grandir ou que vous avez côtoyé, peut être alors vous remémoriez-vous les faits et scènes qui vous ont le plus marqué.
Les maisons d’habitation petites et modestes mais admirables par les arbres et plantes qui les entourent.
Les jardins qui parsèment les villages, monts et vallées ou l’on y trouve semé avec amour, par petits carrés tout ce dont une famille a besoin pour sa propre consommation. Les poulaillers et étables improvisés qui permettent aux paysans de tirer ce qui est nécessaire. Les sentiers qui serpentent les champs et qui tous, débouchent sur un hameau clairsemé de chaumières ou un petit village.
Ces derniers, souvenirs vivants du passage des paysans rudes des montagnes mènent toujours vers un centre ou s’entrecroisent et se rencontrent des hommes de différents horizons. Ce centre choisi à l’initiative des plus courageux et des plus besogneux était la représentation fidèle de la vie sociale dans les campagnes.
Car c’était là ou se nouaient les nouvelles relations ou se vendaient les récoltes dont on a pris tant de soins, ou l’on échange pour les récoltes d’autres plus sophistiqués comme l’artisanat ou les éleveurs fiers de leurs troupeaux s’engagent à n’en pas finir dans les discussions animées sur les prix qui ne sont presque jamais préalablement fixés , ou des commerçants citadins étalent à même le sol les denrées qu’ils savent nécessaires aux familles paysannes.
Ce centre est le lieu prédestiné des rencontres villes-campagnes.
C’était le souk tel qu’il était organisé dans une Algérie rurale qui pansait encore les blessures dg guerre mais ou les valeurs de travail communautaire y sont enracinées, ou l’honneur et la dignité se conjuguent par l’effort de l,homme, ou le prolétaire fait vivre une famille ou les tentacules des bureaucrates corrompus et affairistes n’étaient pas si longues…
Aujourd’hui, visiter un souk, on dit aller au souk, , c’est se pencher sur ce qui faisait notre richesse : l’agriculture
Les éleveurs se déplaçaient toujours aux jours indiqués. On disait même qu’en ces temps, les souks rivalisaient entre eux… Que reste-t-il de cette époque ? L’habitué parlera de catastrophe. L’étranger ne saura rien. Peut-être ne remarquera-t-il que l’animation un peu spéciale…
N’allez surtout pas croire que vous pourriez faire des achats à bon marché car les prix ne différent pas de ceux qui sont pratiqués en ville.. Finis le fellah qui ramènent récoltes, poules, œufs… A croire que le souk n’est pas dans son environnement Mais n’est-il pas le reflet de la société qui l’a conçu ? Société elle-même en disgrâce.

