Par OULHASSI Moamed
Le Ramadan tire à sa fin. Les bons musulmans que nous sommes avons passé un temps qui nous a permis de vivre, quelles qu’en soit les conséquences, des moments agréables dont le caractère religieux est le seul facteur qui rapproche les individus ou si l’on veut les membres de la société. Mais ceci ne nous empêche pas de nous pencher sur d’incontestables maux ou tourments qui compliquent l’existence du citoyen dans l’accomplissement de ses obligations religieuses. Il n’est pas dit que l’usage d’une action ou d’une démarche peut détourner de la véracité du vécu de la personne. Ainsi, et comme à l’accoutumée, l’individu s’adapte à toutes les conditions. La cherté de la vie constitue à n’en pas douter le principal fondement.
Il y a quelques années, le problème ne se posait pas lorsqu’on voulait connaitre, par exemple, l’appartenance des terres ou fermes agricoles. Celles-ci, évidemment, et pour les grandes superficies d’entre elles, était la propriété de l’état.
La production y était organisée selon une vision beaucoup plus proche de ce qui se préparait comme mots d’ordre dans les officines du parti unique qu’obéissant à des règles économiques qui permettent la réalisation de meilleures exploitations dans des créneaux bénéfiques pouvant engendrer la création de richesses.
Loin de considérer que cette situation constituait une imperfection ou, d’ailleurs, un modèle fiable Les études de spécialistes en ce domaine sont mieux indiquées. Le but de cette lecture est surtout de s’interroger sur cette forme d’abandon qui semble se généraliser en milieu agricole ou en d’autres espaces. Car comme on vient de l’indiquer, la différence entre deux époques très proches l’une de l’autre c’est que pour la première, le propriétaire était connu et pour la seconde, bien que théoriquement rien ne laisse supposer le contraire, le propriétaire est absent.
Son absence peut se constater de diverses manières mais ce qu’il faut surtout retenir ce sont ces paysages désolés, cette terre envahie par des mauvaises herbes, ces vergers mal entretenus, ces maisonnettes ou châteaux en ruine…Pour qui n’a jamais visité notre pays peut être penserait-il qu’il vient de sortir d’une guerre de cent ans, il sera même sur de son idée au vu de l’absence de population. Pas âme qui vive. Dréan, Besbes, Zerizer, Ben M’hidi…
Votre randonnée ne se passe pas n’importe où. La région constituait l’un des bastions les plus fermement défendus par le colonialisme. Sa richesse se mesure en milliers de tonnes d’agrumes, de raisins de tables, de vins, de cultures industrielles tels que le coton, le tabac et la tomate industrielle. Des générations se sont enrichies. La production dans sa quasi-totalité était exportée. Les rares témoins, aujourd’hui, sont détournés de leurs missions initiales. Caves transformées en sièges d’entreprises, tabacoop en magasins de stockage…Vous êtes, il faut le souligner, sur ce qui avait fait la renommée de la plaine d’Annaba. Des champs que la nature a enfanté « sans défauts ». A perte de vue, pas le moindre accident de terrain. Les seuls barrages pouvant bloquer votre vision, sont les cyprès plantés en brise-vents.
Plus vous avancez dans votre randonnée, plus vous êtes déterminés à en découvrir plus. Il se pourrait que les paysages de champs d’agrumes brulés par le manque d’entretien ou les superficies en jachères vont faire place à d’autres tableaux : vergers entretenus, terres bien cultivées,…vous visitez, alors, Qréan, Besbes, Zerizer. Rien ne change. La même désolation vous suit là ou vous allez.
Vous serez même poursuivi par une odeur nauséabonde que votre curiosité amènera à découvrir puisque sa source est établie en pleins champs, près de la commune de Zerizer. Des égouts enfouis dans de riches terres rejettent depuis plus d’une année les eaux ménagères à pleins hectolitres. L’information a été donnée par un vieux berger , l’une des rares personnes rencontrées
DES OCCUPATIONS ET TRAVAUX PARASITAIRES Il serait incroyable que les comportements constatés ailleurs dans les autres activités ne soient pas présent dans le monde agricole. L’enrichissement sans effort est en passe de se généraliser. Récolter un fruit sans procéder aux opérations nécessaires à sa croissance n’est pas important. Tout se vend. L’installation de poulaillers en plein centre de terres irrigables laissées en jachère importe peu. Etant donné que les revenus ne vont pas être touchés.
La reconversion de la production, en ne tenant pas compte des caractéristiques des terres se fera en fonction des variétés qui nécessitent le moin de soins et d’entretiens…
Tout ceci entraine la désertion des exploitations par les soi-disant propriétaires occupés ailleurs… qui par un petit élevage, qui par un garage de tôlerie, qui par l »exploitation d’un taxi ou d’un café. Le malheur est que tout se passe naturellement. Parfois, avec l’aide et la responsabilité d’administrations. Comment a –t-on permit à un tenancier de gérer un café à l’intérieur même de bâtiments agricoles alors que du matériel n’est pas stocké contre les intempéries ?
Peut-être viendra le jour ou des explications plus claires, logiques et dénuées de tout sentiment nous éclaireront sur le massacre que des générations entières en auront à supporter les conséquences. Il ne s’agit pas de n’importe quelles terres ou domaines qui ont fait l’objet de notre visite.
Qu’en est-il des terres de moindre importance ou de celles qu’on prétend mettre en valeur ? Pourtant notre enquête ne s’est basée que sur des constats que révélait un travail plus poussé et mieux outillé ! Notre pays aura beaucoup de mal à remettre une production mais également à réorganiser ces fermes selon les besoins nouveaux de notre économie. Des mentalités de « trabendistes » peuplent nos cadres de référence. Un médecin m’indiqua un vendeur à la sauvette près de son cabinet. Il a loué ses quatre hectares de bonnes terres, se contentant de vendre des cigarettes et des bonbons.
Alors, crise économique et baisse perçue du pouvoir d’achat obligeant les consommateurs à se débattre dans la misère ou simplement la mise en place d’une organisation des dépenses dans le cadre d’une meilleure gestion de notre économie ? Peut-être alors arriverait-on à se défaire des activités parasitaires !!!

