Par GUETMI bachir, architecte
Guelma ville est adossée à la Mahouna, une montagne culminant à mille quatre cent
mètres sur laquelle scintillent chaque hiver les cristaux de neige au regard d’un soleil dont
les rayons transpercent les nuages, formant un jeu de lumière fabuleux éclairant un profil
légendaire de son sommet représentant une forme de femme couchée sur le dos ou le vent
entrelace une longue chevelure.
Cette fable mythologique, interprétant une femme perchée, qui veille sur une vallée fertile,
irriguée par la Seybouse trouve ses racines souvent dans les contemplations et l’imaginaire
des personnes, qui se colportent par la suite dans la masse pour devenir une légende et
même une adoration. En réalité cette vallée est très fertile et bien irriguée par deux
barrages, le premier sur l’Oued Charef et le second sur l’oued Bouhamdane, qui se
déversent tous deux dans la Seybouse l’un des plus grands oueds du pays.
Située à soixante km du bassin méditerranéen, elle est une région semi-aride avec un
climat chaud, un hiver doux et une précipitation avoisinant 600mm. La présence humaine
remonte au paléolithique suivant les vestiges de près de trois mille dolmens situés dans la
commune de Roknia. Autour de ces sites, ont été découverts de nombreux artéfacts
définissant le mode de vie utilisés pour la chasse, la culture, la cueillette et la pèche.
A l’ère numidienne la ville s’appelait Malacca, sous le règne de Massinissa. Les écrits
libyques prouvent que cette cité a connu la civilisation avant l’arrivée des romains, qui lui
donnèrent le nom de Kalama, d’après les inscriptions latines. Le théâtre romain illustre
l’importance de cette ville devenue un centre urbain qui se trouve au centre d’un carrefour
entre Sitifis, l’actuel Sétif, Hippo-Réggius, l’actuel Annaba, Thagaste ville de Saint
Augustin, et Timgad proche de Batna, considérés comme greniers de blé pour Rome. Ce
centre antique a été détruit par l’armée française, suite à son invasion en 1853 pour en
construire une caserne en plein centre entourée d’une muraille protectrice d’une hauteur de
5m érigée en pierre taillée récupérées au détriment du site archéologique.
Sa région de zone sismique 2 traversée par une ligne tectonique, est riche en sources
thermales, dont les plus importantes sont la cascade de Hammam Marhoumin et la source
de Hammam Ouled Ali. Riche en sites naturels, en sites archéologiques, et riches en
hommes de courage, cette région n’a jamais reculé devant le combat pour l’indépendance
de son pays. Le soulèvement du 8 mai 1945 le prouve par l’intensité de ces crimes contre
cette population qui a compris que le moment est opportun de se libérer de cette
occupation génocidaire. Encouragé par la signature de la charte atlantique des pays
vainqueurs de la seconde guerre mondiale, qui proclamaient le droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes en 1942, et radicalisés par la traite esclavagiste inhumaine subis de
l’occupant dans diverses récoltes et moissons de blé dans le but de l’effort de guerre
d’indépendance contre l’Allemagne, toute la population est sortie dans ges manifestations
pacifiques pour proclamer son droit à la liberté.
Cet acte légitime de courage et de bravoure s’est soldé par un génocide lâche qui a duré
plusieurs mois surtout dans l’est algérien, et en particulier dans les régions de Sétif, de
Guelma et de Kharrata. Des exactions ont été commises par l’occupant dans un but de
terroriser la population en jetant des personnes en vie au-dessus d’une falaise de vingt
mètres de hauteur dans la commune d’Héliopolis, pour finir dans des fours crématoires,
empêchant ainsi les familles de faire leur deuil dont certaines ont perdu jusqu’à trois
hommes sous le même toit.
Pour ne pas oublier ces douloureuses blessures, les deux équipes sportives sétifienne et
guelmoise ont décidé de porter des maillots noirs et blancs en signe de deuil, pour rappeler
que la partie n’est que remises à la prochaine mi-temps. La reprise du soulèvement
populaire ne s’est faite pas attendre, le déclenchement était minutieusement préparé par
quelques jeunes avides de liberté,. Fidèle à ses principes de liberté cette ville et ses
environs ont pleinement participé à la révolution armée.
Des actes de bravoure ont étés accomplis dans cette région, dont le plus célèbre est celui
de l’abattage de l’hélicoptère du lieutenant-colonel Jean-Pierre mort sous les feux d’une
katiba ALN dans un après-midi du 29mai 1958 sur les pentes du Djebel Mermoura.
Ce soldat a fait la compagne de Syrie- Liban, la résistance contre les Allemands,
l’Indochine, a la bataille d’Alger il est blessé par la résistante pour finir à Guelma dans un
cercueil à sa taille.
Cette ville érigée en wilaya lors du découpage de 1974, n’a pas bénéficié d’un programme
de développement à sa juste valeur malgré sa position géographique et ses ressources
naturelles. Au contraire du côté urbain la ville a subi de mauvaises gestions successives
dans le choix de l’extension urbaine. Possédant un centre-ville étroit en partie formé des
anciennes bâtisses vétustes ne dépassant pas un étage en hauteur. Limitée à l’ouest par
l’oued Skhoun en forme de kanoun profond et l’est en partie par une caserne militaire
énorme désaffectée, puis réaffectée à des fonctions hétéroclites. Cet équipement en plein
centre-ville gène considérablement la mobilité et l’aménagement moderne viable au même
titre que les autres chefs de wilayas.
Au nord de la caserne un large terrain dit de tir de l’armée coloniale est affecté à plusieurs
espaces de jeux alors que la ville rencontre des difficultés de circulation et de
stationnement surtout pendant les heures de pointes. Certes ces équipements sont
nécessaires, mais les décisions sont toujours prises individuellement, sans se référer aux
plans d’urbanismes. La ville de Guelma et le seul chef-lieu de wilaya qui n’a pas bénéficier
de l’étude d’une zone d’habitat urbaine nouvelle (ZHUN) alors que ses daïâtes en ont
bénéficié entre autres le plan d’urbanisme de la ville dans sa dernière phase a été annulé
par un wali qui voulait étendre l’extension sur des terres agricoles a grand rendement.
Le fait de prendre la voie du boulevard de volontariat devient un parcours du combattant,
ou passent la plupart des bus de la ville délabrés, conduits par des chauffeurs irrespectueux
et insoucieux, appâtés par le gain. Comme son nom l’indique ce boulevard aménagé sur
l’oued Skhoun a était réalisé sans étude préalable par volontariat forcé de diverses
entreprises sous le dictat du wali initiateur. En l’absence de plans directeurs d’urbanisme
les erreurs se multiplièrent à l’ouest et tout le long de l’oued Skhoun. Par manque de
législation et de contrôle, se sont érigé des habitations illicites denses, sur des terrains
privés dans une forme anarchique sans aucun aménagement sur plusieurs dizaines
d’hectares achetés au noir à des privés sans charge, dont la viabilisation est à la charge du
contribuable. Le silence énigmatique et inexplicable des autorités sur cette urbanisation
fugitive, incontrôlé et intense pendant des décennies a mitigé un développement moderne
entre l’ancien tissu et cette grande assiette foncière.
En cas de séisme ou d’incendie les moyens de secours ne peuvent pas pénétrer dans
des issues tellement étroites. Seule la partie est du développement urbain est
sommairement traité. En général L’ensemble de l’agglomération ressemble à un
grand bidonville, ou tous les chefs-lieux des wilayas ont bénéficié des plans spéciaux
de modernisations urbaines sauf Guelma, qui est une ville martyre.

