(Suite et fin).
Vie pratique.
L’importance et la complexité de nos rapports sociaux est, d’après les biologistes de l’évolution, étroitement liée à la taille de notre cerveau.
Chez les primates, plus la taille du cerveau est importante, plus les groupes sont grands et les relations que chaque membre entretient à l’intérieur de ce groupe, complexes.
L’être humain, avec son gros cerveau – qui est donc un « cerveau social » – est capable d’entretenir un nombre record de relations sociales complexes.
Mais ce nombre est plafonné.
Dans les années 1990, un éthologue et anthropologue, Robin Dunbar, a réussi à chiffrer assez précisément ce nombre.
Ce qu’il y a d’intéressant, avec Dunbar, c’est son parcours scientifique : il a d’abord étudié des groupes de primates – chimpanzés, gorilles – en Afrique, avant d’étudier les sociétés humaines.
Au cours de ses recherches, Robin Dunbar en est arrivé à la conclusion que le cerveau humain ne pouvait entretenir des relations sociales simultanées qu’avec « seulement » 150 personnes [2].
Mais 150 personnes, c’est beaucoup.
Vous, n’avez sans doute pas 150 amis.
C’est normal : 150 est une valeur maximale. Et si vous avez, sur des réseaux sociaux, plus de 150 amis… mettons 500 ou même 1000 pour les plus populaires d’entre vous, vous n’en connaissez personnellement que moins de 150.
Ce qu’il y a d’intéressant, avec ce chiffre, c’est qu’il correspond aux tailles maximums optimales de camps et de villages dans l’histoire humaine. Au-delà de 150, les communautés se divisent.
Mais revenons à nos amis : même si vous atteignez le nombre plafond de 150 amis, il est peu probable que vous entreteniez les mêmes rapports, en termes d’intimité et d’intensité, avec les 150.
L’amitié, un rapport en accordéon
Ces amitiés se répartissent en cercles concentriques [3].
Au centre du cercle se trouvent vos amis les plus intimes. Ils sont entre 1 et 5 maximum.
Ce sont ceux sur lesquels vous pouvez compter en toutes circonstances, qui, même loin, prendront le train ou l’avion pour venir à votre chevet si vous êtes dans le besoin.
En général, ce sont des amis de longue date : vous vous connaissez par cœur, et, surtout, nonobstant les vicissitudes de la vie, la confiance que vous avez en eux est profonde et mutuelle.
Dans le deuxième cercle se trouvent vos amis proches. Ils sont entre 5 et 15. Vous les connaissez et les côtoyez régulièrement, mais un peu moins que ceux du premier cercle.
Ensuite, les cercles s’élargissent à 50 – les relations sociales, les collègues – puis 150. Au-delà, il n’y a plus que des connaissances et des personnes que vous « situez » socialement (en gros, vous ne les avez rencontrées qu’une ou deux fois, savez qui elles sont de nom mais ne les côtoyez pas assidûment).
Au cours de l’existence, ces cercles changent. Ils changent de taille et, bien évidemment, ils changent aussi d’« élus ».
Déjà, nous n’avons pas le même nombre d’amis au cours de l’existence.
Il semble que, pour la plupart d’entre nous, la cours de nos amitiés suive cette courbe : de l’enfance jusqu’à l’âge de 25 ou 30 ans, nous développons et étoffons nos cercles d’amis.
C’est la période lors de laquelle nous nouons intensément des liens forts et nouveaux : nos amis changent à mesure que nous changeons de classe, d’école, de lieux d’étude, tout en constituant un noyau de relations les plus profondes.
Puis, à l’âge auquel nous commençons à nous investir dans une relation amoureuse, puis familiale, ainsi que dans une carrière professionnelle, ce cercle se rétracte et se solidifie à la fois : le fait d’avoir des enfants, une vie conjugale, un travail prenant, réduit comme peau de chagrin le temps que nous avons à consacrer à nos amis.

