Par Achour OUFELLA
Beaucoup rêvent du dernier iPhone. L’objet le plus en vue parmi l’arsenal de smartphones que possèdent nombre de nos compatriotes. Une carapace de plus, entre nous et le monde, qui permet de mettre à distance nos émotions et les individus que nous croisons quotidiennement. Or, à la frontière de ce petit rectangle noir, il y a la famille, le temps d’être chez soi, de lire un roman ; toute extension serait au détriment de cette vie qui n’a pas de prix.
Il suffit de descendre dans les rues de n’importe quelle ville du monde pour voir que les individus avancent aspirés par leurs écrans, se cognant parfois, les uns contre les autres. Tandis que d’autres gardent leur téléphone en main et le consultent sans relâche. Ou encore, le sortent de la poche à la moindre notification. On laisserait même le portable allumé la nuit, le sommeil suspendu à un émail… Comme si on avait peur de passer ces heures, seul avec soi-même.
Est-ce mettre sur pause l’existence de tout un entourage ? A de rares exceptions, cela devient une norme sociale, presqu’une attitude majoritaire, observée dans les sphères publique et privée, où pas grand-monde ne cause à son voisin. Serions-nous dans une phase de dépossession d’une grande part de notre autonomie, en faisant passer nos téléphones avant les gens qui nous entourent ? Non ! Mais probablement, la fin annoncée de la conversation, une logique promue, qui atteste de ce manque d’attention à l’autre, de disponibilité à ses propos et à son visage.
Des appels lancés et repris ici et là, sont reçus comme autant d’invites à un usage modéré de ces outils. Mais il n’en reste pas moins que les réseaux sociaux prolifèrent, encourageant à consulter et à débattre ; des pratiques jamais sans risque. Des “boîtes“ à servitude selon certains, auxquelles on se remet pour tout et avant tout, sachant qu’elles bouffent nos vies.
Les amis virtuels se dénoncent mutuellement, se bloquent, se suppriment jusqu’à engendrer des ruptures dans la vie réelle. La passion exacerbée d’afficher prédomine dans ces espaces. A tout instant, on est sommé de répondre. Si on ne le fait pas on se retrouve dans l’obligation de se justifier. Les réseaux sociaux contaminent nos conversations, les vouent à la dérision, le ricanement et le jugement à l’emporte-pièce.
Connaisseurs ou pas, on est également tenu de donner son avis sur tout. Pour ce coup, pas vraiment le choix entre le oui et le non, le pour et le contre. Exit la nuance ! “Si vous n’êtes pas d’accord avec moi, vous êtes forcément contre“. En tout état de cause, l’heure n’est pas à la désertion de ces plateformes essentielles à la diffusion des contenus médiatiques. Lesquelles constituent à la foi une soumission et une charge. Voilà qui est voulu et assumé. Vingt ans passés, on regrette que les algorithmes s’éternisent à valoriser les sujets intéressants.
Enfin, rare consolation : grâce à ces réseaux, des personnes sortent de l’isolement et trouvent du réconfort à travers des communautés.

