Par Achour OUFELLA
Souk-Ahras, rue de la gare. Participes du passé, six tilleuls longent le mur d’enceinte de la structure ferroviaire(SNTF) et du Dépôt (noter bien la majuscule).
Plus loin, en contrebas du monument aux Martyrs, trône la place de l’indépendance, anciennement ‘‘place Taghaste’’. Des balcons avoisinants, on avait une vision panoramique des essences d’arbres, notamment des platanes et des frênes, qui brillaient sous un soleil généreux.
C’est là que le soir venu, les citadins s’attardaient, attirés par la verdure miroitante de ce lieu ombragé et convivial. A quelques pas de là, ‘‘TrigTabssa’’ (rue de Tebessa), les traditionnels accommodements des abats d’ovins et de bovins, ces brochettes typiques qui ont été l’image même de la ville, y grillent en dégageant une odeur alléchante.
De plus, il nous fallaitbeaucoup marcher. Tant mieux. Souk-Ahras, c’était bon pour l’œil et pour la santé.
Mais durant ces dernières décennies, la ville s’estsubitement métamorphosée. L’entrée dans la modernité, a relégué sa beauté au rang de souvenirs–au mieux d’héritage à préserver- au profit du développement. Aujourd’hui, on déambule le dos tourné aux vieilles maisons basses, longtemps délabrées et fréquemment rasées pour ensuite êtrerebâties par des acheteurs aisés.
On fait plus que détricoter l’espace urbain ; on fragmente les liens sociaux. Gagné par la décrépitude de ses immeubles, après le ‘‘départ’’ de leurs propriétaires, les habitants redoutent que le centre-ville ne se transforme en vitrines pour riche. En plus de la sensation de gêner et d’en être peu à peu chassé. Les liens entre voisins sont interrompus et c’est particulièrement angoissantpour les séniors qui voient chaque année de très nombreux inconnus se loger dans leurs immeubles.
Une librairie plus que centenaire, ayant pignon sur l’artère principale de la ville, a longtemps fait figure de résistante avant d’être déplacée. Le patron très appréciéet spécialisé dans toutes sortes d’ouvrages, a la chance d’être détenteur d’un autre local. Avec un public fidèle qui continue à venir.
Il reste que même, dans un tout proche rayon, des cafés, un pressing et des coiffeurs ont fermé. La hausse des baux les a obligés à chercher plus loin, parfois à des kilomètres. En cause : la boboïsation.
Dire qu’il y a quelques dizaines d’années, nos enfants pouvaient jouer au ballon dans les rues ; à présent, ce n’est plus possible. Elles sont devenues un enfer même pour les piétons. Comme quoi, l’ère de l’insouciance est bien derrière nous.

