L’écrivain et militant antisioniste Jacob Cohen«L’Algérie est le dernier grand état Arabe qui maintient une politique conforme à ses intérêts !»
Par OULHASSI Mohamed
L’idée de notre article sur le sionisme nous est venue suite à l’examen d’une communication d’un écrivain franco-marocain, Jacob Cohen, qui est un intellectuel contre le sionisme et pour un état palestinien. Cet écrivain, non seulement, dénonce le sionisme mais essaie dans des analyses de haute teneur politique de dévoiler la face cachée du sionisme.
Ace titre et avant de jeter un coup d’œil sur la communication de Jacob Cohen, on va d’abord essayer de nous introduire sur la signification du mot « sionisme » afin de lever toute équivoque Le sionisme est un mouvementnational d’une partie du peuple juif visant à la formation d’un foyer national juif, et à l’autodétermination du peuple juif en Terre d’Israël, correspondant à peu près à Canaan, à la Terre sainte, ou à la région de Palestine
C’est au XIXe siècle que Le mouvement national juif apparaît. Ce fut en Europe centrale et orientale avec la déclaration Balfour en 1917 puis la création de la Palestine après la Première Guerre mondiale en 1920, ce qui permet le développement de l’ exode juif et se termine par la création de l’État d’Israël en 1948.
Le sionisme plonge ses fondements dans la tradition religieuse et la nostalgie de Sion et prend son essor dans le contexte des aspirations nationales du XIXe siècle. Face à l’antisémitisme, en particulier en Europe de l’Est, le mouvement gagne en popularité auprès des persécutés.
Le mouvement prend de l’ampleur sous l’impulsion de Theodore Herzl à Bâle en 1897, et sera porté par vingt-deux congrès sionistes (1897-1945) ainsi que des institutions comme l’Organisation sioniste mondiale (1897), l’Anglo-Palestine Bank (1902), l’Agence juive exécutive (1929) et le Congrès juif mondial diplomatique (1936). Il a provoqué l’immigration de Juifs dans la région de la Palestine La pensée du sionisme est constituée d’un large choix d’idées, qui comprend non seulement l’aspiration à un territoire pour le peuple juif, mais aussi une quête morale et spirituelle.
Depuis la création de l’État d’Israël en 1948, le sionisme fait partie de la politique en Israël et le mouvement a continué de soutenir l’État juif. Il participe également à l’accueil des nouveaux immigrants et des réfugiés (Agence juive, Nefesh B’Nefesh, etc.) ; aux programmes écologiques (KKL) ; et à des programmes d’aide sociales (Keren Hayesod).
Le terme « sionisme » fait référence au « retour à Sion, Sion étant un synonyme utilisé pour Jérusalem, et par extension la terre d’Israël. Le terme apparaît pour la première fois en 1890 sous la plume de Nathan Birnbaum
Le mouvement sioniste moderne est né au XIXe siècle parmi les Juifs d’Europe centrale et de l’Est en réaction à la montée de l’antisémitisme, des pogroms et en réaction à l’affirmation du nationalisme et de l’irrédentisme en Europe[, mais aussi en Europe occidentale, à la suite du choc causé par l’affaire Dreyfus – qui compte parmi les motifs du lancement du congrès sioniste par Theodore Herzl[.
Bien qu’ayant des caractères spécifiques du fait de la dispersion des Juifs, ce mouvement est contemporain de l’affirmation d’autres nationalités en Europe. Dès 1840, Moses Hess pense une indépendance juive et annonce en 1862 que « la renaissance de l’Italie annonce la résurrection de la Judée ».Peu de temps après, à la suite du rapport de Charles Natter sur la Situation des Israélites d’Orient[, l’Alliance israélite universelle ouvre en 1870 la première implantation juive moderne en Palestine[, une école agricole, Mikveh-Israel, près de Jaffa
Le mouvement sioniste est généralement perçu comme une idéologie nationaliste ou bien comme un mouvement de libération nationale, émancipateur de minorités persécutées en diaspora.
Le mot sionisme est un emprunt à l’allemand Zionismus. Il est formé à partir de Sion, une des collines de Jérusalem. Par extension, Sion désigne la ville entière de Jérusalem. Le terme est utilisé pour la première fois le 1er avril 1890 par le journaliste Nathan Birnbaum (1864 – 1937) dans sa revue Selbstemancipation.
Il ne faut pas attendre le XIXe siècle pour voir des Juifs européens émigrer vers la Palestine. Au début du XVIIIe siècle, période de renouveau religieux dans le judaïsme, un groupe d’un millier de Juifs européens, menés par Judas He Hassid (1660 – 1700), débarque en Palestine ottomane et s’installe à Jérusalem. D’autres migrants s’installent à Safed ou Tibériade, qui deviennent des centres de l’hassidisme, un mouvement orthodoxe juif né au XVIIIe siècle.
Cependant, ces opérations se font dans des conditions économiques très précaires, ce qui n’assure pas leur développement. Ainsi, au début du XIXe siècle, on ne compte encore que 5000 Juifs en Palestine. Ce chiffre augmente tout au long du XIXe siècle, sans pour autant mettre en péril la majorité des musulmans sunnites (24 000 Juifs en 1880, pour environ 450 000 habitants).
La déclaration Balfour /Le lobbying de Weizmann porte ses fruits lorsque le 2 novembre 1917 est publiée la déclaration Balfour sur la constitution d’un foyer national pour le peuple juif. Arthur James Balfour, alors ministre des Affaires étrangères britannique, promet au peuple juif la constitution d’un État en Palestine, que son pays contrôlera à partir de septembre 1923 dans le cadre d’un mandat de la Société des Nations. Chaïm Weizmann plaide en outre pour le sionisme auprès de l’émir Fayçal, alors porteur de l’aspiration à un État arabe uni.
Né au XIXe siècle, le sionisme est une idéologie et un mouvement culturel et politique dont l’objectif est de constituer un État souverain pour le peuple juif. Le sionisme a choisi la Palestine ou la terre d’Israël (Eretz Israël) comme territoire de cet État. Le territoire que recouvre effectivement la notion d’Eretz Israël est variable. Il peut correspondre aux yeux des nationalistes ou des religieux militants à un territoire qui s’étend au-delà des frontières internationalement reconnues de l’État d’Israël actuel.
Après ce tour d’horizon sur le sionisme, ses concepts, ses philosophes ainsi que ses actions dans la provocation de mouvements migratoires, essayons de voir maintenant l’analyse de Jacob Cohen sur ce mouvement et l’importance des juifs marocains dans l’impulsion de l’état juif
Tout d’abord, il faut dire que l’idée qu’Israël, grâce à la traitrise des arabes, est pratiquement reconnue comme état avec tout ce qui s’ensuit aux plans du commerce, de la diplomatie et, même des relations militaires
Israël est devenu un ami de la plupart des pays arabes et, spécialement des monarchies. Les émirats arabes unies vont jusqu’à provoquer des animosités avec des pays comme l’Algérie qui refusent de se rapprocher d’Israël. Ainsi, l’on constate que la Palestine est devenue un pays étranger et seule parmi les arabes.
L’intéressant dans l’analyse de Jacob Cohen est qu’il est un écrivain franco-marocain, politiquement engagé contre le sionisme et pour une Palestine libre. Il est né au Maroc en 1944 et a fait des études de droit et de sciences politiques.
Le processus de normalisation : avec l’avènement de l’état d’Israël, le sionisme a atteint son principal objectif qui est la constitution d’une entité politique souveraine. C’est la consolidation de l’état, fonder une armée…
Cependant, jusqu’à la guerre de 1967, autant les nationalistes purs et durs que les sionistes messianiques représentaient une faible part de la population. Le parti (travailliste) de Ben Gourion dominait la vie politique et avait à sa gauche un parti important.
La conquête de la Cisjordanie n’avait pas déclenché sur-le-champ une vague messianique, sauf pour les lieux saints de Jérusalem. Les soldats qui l’avaient conquise étaient laïcs dans leur écrasante majorité (les religieux ne faisant pas le service militaire) et souvent antireligieux. L’élite de l’armée venait des kibboutzim, haut lieu de l’athéisme.
L’élection de l’héritier du nationalisme Menahem Begin en 1977, grâce aux voix des juifs d’origine arabe punissant ainsi le racisme ashkénaze, va donner le coup d’envoi de la colonisation de la Cisjordanie et de l’essor du mouvement messianique. Ce courant, avec la multiplication exponentielle des orthodoxes, va devenir incontournable dans la société israélienne. Le nationalisme religieux (des radicaux militaristes et colonialistes) va créer ses relais politiques et s’infiltrer dans l’armée, notamment au niveau des officiers intermédiaires.
C’est dire si ce courant ne peut aller qu’en se renforçant, imprégnant même des couches peu radicalisées. Il suffit de voir le nombre impressionnant des têtes recouvertes d’une « kippa ».
Ben Gourion et ses contemporains se retourneraient dans leurs tombes.
La normalisation de l’entité sioniste avec le Maroc semble être l’aboutissement d’un long processus de relations qui ne demandaient en fait qu’à être étalées au grand jour…
Après l’indépendance en 1956, les autorités marocaines, en particulier le roi Mohamed V, avaient cherché à entraver le travail de sape mené par le Mossad et l’Agence juive pour faire partir les juifs en Israël. Ces organisations travaillaient dans une relative clandestinité, le parti dominant au pouvoir, l’Istiqlal, nationaliste et conservateur, souhaitait ardemment le départ des juifs.
Peu après l’intronisation de Hassan II, le Mossad avait organisé un naufrage de 43 juifs au large de Tanger. Les répercussions internationales furent telles que le roi avait ouvert les portes à l’émigration juive, sans disposer d’aucun document administratif.
Depuis cette date, et vu le désir de Hassan II d’entretenir les meilleures relations avec l’Occident et en particulier avec l’Amérique, et considérant son hostilité viscérale à l’égard de Gamal Abdel Nasser, sans compter l’apport que pouvait lui apporter le Mossad autant pour la sécurité intérieure que pour se débarrasser d’adversaires gênants, le service secret israélien était persona grata au Maroc.
Le recrutement du banquier juif d’origine marocaine, un probable « sayan » (juif collaborant avec le Mossad) au début des années 80 comme conseiller spécial de Hassan II, allait tisser la toile de la coopération israélo-marocaine. Le roi avait reçu en grande pompe en 1986 Rabin et Peres, alors que l’intifada était lancée contre l’occupation sioniste. Il serait fastidieux de décrire tous les liens tissés par André Azoulay, le conseiller royal, mais on peut souligner le lancement en 2012 du Projet Aladin au Maroc, destiné à enseigner aux Marocains le drame de la Shoah et les rendre moins critiques à l’égard des exactions sionistes.
Tout était prêt donc pour accueillir la normalisation avec Israël, en se contentant d’une déclaration de Trump sur le Sahara Occidental. On a vu d’ailleurs avec quelle ardeur la partie marocaine s’est engagée dans ce processus. Le magazine francophone Tel Quel en bavait d’admiration.
L’Algérie est le dernier grand État arabe qui maintient contre vents et marées une politique conforme à ses intérêts et aux grands principes qui avaient fondé le nationalisme arabe. Les autres grands pays qui avaient tenté de s’affranchir de la tutelle américaine ou de poursuivre la confrontation avec Israël, ont subi le sort que l’on connaît.
Cela ne veut pas dire qu’on va lui ficher la paix et la laisser mener sa ligne à sa guise. La politique internationale de ces dernières décennies s’est distinguée par toutes les formes d’ingérence ou même de punition contre les États récalcitrants. On cherchera probablement à faire tomber les pays limitrophes dans l’escarcelle américano-sioniste. Les moyens de pressions sont considérables. Le basculement de la Mauritanie – qui avait déjà établi des relations diplomatiques avec Israël – serait problématique. Mais ceux qui voudraient affaiblir l’Algérie ont déjà tenté d’utiliser les tentations autonomistes et les particularités régionales. La présence israélienne dans les régions amazighes du Sud-Est marocain, déjà ancienne, pourrait s’élargir à des domaines relevant du militaire, ou à des infiltrations plus profondes dans des zones similaires algériennes.
Il est indéniable que le sionisme a su s’intégrer au monde occidental et montrer qu’il en faisait partie. Le gouvernement travailliste israélien au pouvoir pendant 30 ans avait fait partie de l’Internationale Socialiste. Très rapidement, l’État juif avait bénéficié d’accords avec la Communauté européenne naissante. L’immense courant de sympathie dont il avait bénéficié après 1967 avait drainé des dizaines de milliers de jeunes Européens dans les kibboutzim. Et puis il y a eu ces innombrables liens qui ont ancré une image d’Israël dynamique et sympathique. Dans les années 60 en France, on glorifiait le « sabra », le nouvel Israélien né dans le pays, tendre en dedans et piquant à l’extérieur. C’était l’époque ou RikaZaraï, jeune chanteuse israélienne passait à la télévision française dans son uniforme de Tsahal.
Par contraste, le monde arabe s’était retrouvé coincé dans une attitude de négation de l’État juif, savamment exploitée par le régime sioniste, vu que toute solution diplomatique devait passer par le retour des réfugiés palestiniens. Ce qu’Israël refusait catégoriquement. On avait alors assisté à cette inversion de responsabilité incroyable où le « petit » David-Israël criait partout son désir de paix, pendant que le Goliath-Arabe jurait sa destruction.
Il est aussi vrai qu’à l’époque les Arabes n’avaient pas bonne presse et ne trouvaient pas une oreille attentive et neutre auprès des médias occidentaux. Je ne crois pas d’ailleurs que la situation sur ce plan ait beaucoup évolué.

