Par MansouriAllaoua
Devoir de mémoire
Allaoua raconte : « En premier lieu un ami d’enfance plus âgé que moi, un soufi et lointain cousin ; c’était SNP Ahmed, frère de Mabrouk Sfafi, Allah yarhmou, un fidèle gérant de mon grand-père, Hadj Mekki soufi, Allah yarhmou.
.Mabrouk était rondelet avec une chéchia toujours sur la tête mais très actif dans le travail et suivait à la lettre toutes les directives de mon grand père. .Mabrouk avait une épouse,KhaltiOuenassa, une chaouia et brave femme, Allah yarhamha.
Dommage qu’ils n’ont pas eu d’enfants.Ahmed avait un autre frère, Chekima Ali homme à tout faire pour la famille et pour tout notre quartier ; électricien,serrurier,peintre,coursier… et il ne rechignait pas dans ses tâches, il était petit de taille portant toujours un béret noir et très maigre bien que quand il mangeait il avait un très bon appétit et je me suis dit qu’il avait peut-être le ver solitaire.
Habille tout le temps en bleu de travail et tenant toujours en main quelques outils; tout dernièrement il venait de perdre son épouse Jamila Abaidia une brave femme, Allah yarhamha..
Orphelins de père, tous les trois étaient très basanés et ils tiennent cela de leur mère qu’on surnommait Khadija Kahla;-et oui sa peau était couleur noir ebene.Cette dernière louait ses services pour la confrérie féminine des souafas, soit à l’intérieur des maisons soit en dehors pour faire les emplettes des femmes au foyer. Allah yarhamha.
Revenons à Ahmed ; lui aussi il était petit de taille svelte et bien musclé ;portant lui aussi une chéchia .Mon grand-père me disait Ahmed est très rebelle et n’aime pas les ordres. Il portait toujours un pantalon bouffon arabe avec une grosse ceinture en cuir marron ainsi que des chemises légères en demi manche pour montrer ses biceps. Il avait 2ou 3 gilets style arabe ayant plusieurs poches. Il ressemblait à un lutteur turc. Pendant la révolution il était membre très actif dans le subversion et la collecte des informations contre l’occupant colonial. Comme il le disait des mouchards ont vendu la mèche sur les moussebilines. Alerte ! Ahmed s’est enfui direction de la frontière tunisienne en volant une moto qui l’a conduit comme il disait par monts et vallées. C’était en 1958 d’après ses dires. Ouidisait-il la chance a été de mon côté.
Pour l’essence et la nourriture c’étaient des aubaines fortuites et j’ai réussi à passer la frontière.Et puis en 1962, a l’indépendance, il est revenu à Sedrata et en moto,svp,unePuch vert d’eau luisante.
Il n’a jamais cherché à faire ses papiers de Moussebel.Il disaitqu’ il n’en a que faire vu qu’il n’a combattu que pour la liberté du pays.En été il aimait s’adosser à l’ombre des arbres et assis sur un petit tapis usé.Juste a côté de lui une cruche d’eau enveloppée avec un sac de jute et imbibée d’eau pour garder la cruche froide; des fois il nous donnait à boire de cette eau et cela dans un bol en argile enduit d’huile de cade (gotrane).
Eau froide et succulente qui nous étanche la soif.Il disait toujours buvez de cette eau qui a des vertus digestives.Surprise ! Un jour il nous ramène une petite outre en peau de chèvre enduite de gotrane qu’il suspend à une branche d’arbre.Il disait buvez de cette eau dans le bol mais n’oubliez pas de ramener l’eau pour la remplir. Sacré Ahmed !Il aimait vivre libre dans la rue de notre quartier.
Il vivait de petits travaux par ci par là et passait ses nuits dans le hammam de Ammi Behi Gasmi Allah yarhmou.Il a été masseur dans ce hammam et moi-même j’ai fait des massages chez lui.Nous jeunes on se relayait pour lui ramener de la nourriture de nos maisons et il acceptait cela avec véhémence.
Avec le temps moi au lycée d’Annaba puis l’Universite d’Alger je l’ai presque perdu de vue et en 1970 on m’a rapporté qu’il a émigré à El Oued Souf.
Aux dernières nouvelles Ahmed est mort il y a quelques années.Allahyarhmou.

