Par OULHASSI Mohamed
Ain Tahmamime a fondé sa réputation sur la restauration. Nichée sur les hauteurs de la route de Souk Ahras à une dizaine de kilomètres de Bouchegouf elle a tout pour attirer une clientèle venant de dizaines de kilomètres à la ronde pour gouter à ses brochettes et autres mets préparés par de bons amateurs de la cuisine populaire
N’eut été la route qui serpente les djebels couverts de mythes et autres arbustes caractéristiques de la région, l’on se croirait perdu dans une zone déserte de toute âme qui vit. A l’est du pays ou les villages sont très éloignés les uns des autres, on a l’impression parfois de végéter seul dans un désert inhabité. D’où notre surprise à la rencontre de chaque village que les méandres des routes et pistes vous feront surgir.
Ain Tahmamime est un coin qu’une carte géographique ne vous fera point découvrir. Situé à pas moins de dix kilomètres de Bouchegouf dans la wilaya de Guelma, il fait partie de ces lieux dits que vous ne trouverez jamais que lors de vos déplacements. Seulement, il n’est pas dit que vous le traverseriez sans que votre attention ne soit attirée par un site et un mouvement distinctif, rarement existant ailleurs.
L’emplacement du village est au juste milieu d’une montagne dont le seul endroit plat est constitué par la route nationale n°16. Toutes les maisonnettes sont construites sur la pente. Les seules habitations implantées sur du plat le sont sur les côtés de la chaussée. Au niveau de la partie supérieure de la route se trouvent les commerces. La partie inférieure ou l’on trouve moins de bâtis, contient des logements et la mosquée..
Un seul commerce : la vente des brochettes
En quoi sont spécialisés les commerces d’Ain Tahmamime ? En un seul et unique produit. C’est la vente des brochettes. Le nuage de fumée qui vous couvre avec ses senteurs de viande grillée peut vous attirer ou vous rebuter.
La spécialité du coin est liée aux brochettes. Et quelle publicité cela fait, étant donné la destination de cette route qui va tout droit sur Souk Ahras, Tébessa et la Tunisie. Ce sont des familles entières qui auront beaucoup de difficultés à se trouver une place pour garer leurs voitures, étroitesse de la chaussée oblige que des restaurateurs un peu spéciaux auront à servir.
La renommée de Ain Tahmamime dépasse les frontières de la daira de Bouchegouf. Il faut dire que les traditions concernant la préparation de ces brochettes tirent leurs sources de la nuit des temps. Naturellement, ayant toujours été la plaque tournante des hameaux environnnts ses habitants ont toujours su tirer profit du passage des voyageurs traversant leur village. N’est il pas avant tout , tout proche de l’un des souks les plus importants de la région ? Medjezfa jusqu’à l’indépendance a été considéré comme le souk le plus important après celui du Khroubs dans le constantinois.
Ce fut un souk de bétail connu par tous les éleveurs de la contrée. La convergence des éleveurs, agriculteurs ou, tout simplement, badauds vers ce centre a, donc, été bien exploitée par les gens de Ain Tahmamime Se trouvant à mi-chemin entre le souk et les autres villages, il a pu se faire une renommée ou il fait bon manger.
Tout voyageur de l’ancienne époque retardait sa faim jusqu’à l’arrivée à ce village. L’abreuvoir qui juxtapose la route faisait office d’endroit de repos pour les bêtes, unique moyen de locomotion ll y a quelques décades. Le métier de restaurateur en brochettes tient ici d’une tradition qui se passe de père en fils. N’est pas marchand de brochettes qui veut !
Les connaisseurs qui apprécient cette cuisine sont légions Ils viennent d’Annaba, de Guelma ou de Souk Ahras. Les marchands son bien informés de leur réputation. C’est pourquoi, peut-être, ils sont très accueillants et reçoivent avec beaucoup d’amabilité leurs clientèles et tous ceux qui peuvent, probablement le devenir.
Hormis la période du Ramadhan,, les kanouns de Ain Tahmamime ne sont jamais éteints ; Ce ne sont ni les prix du charbon ni ceux de la viande qui vont arrêter les amateurs de bonnes brochettes.

