Quelles que soient les primes qui peuvent être octroyées aux travailleurs, elles ne remplaceront jamais les actions de correction et d’amélioration des postes de travail.
Par OULHASSI Mohamed
Les relations de travail dans notre pays sont réduites à de simples slogans colportés par un discours politique abreuvé plus par des messages propagandistes que par une réflexion sur les formes d’amélioration des rapports dans le travail.
Il en fut ainsi jusqu’aux bouleversements entrainés par le clash d’Octobre 1988. Il est indéniable que des années durant, la masse des travailleurs a vécu, tout à fait soumise à une législationqui, dans la pratique lui liait les mains et la rendait, en fait, muette, voire amorphe. On ne pouvait même pas parler de partenaires. C’était l’état qui menait à lui seul la barque. Le syndicat aux ordres était le tambour résonnance de celui-ci.
Cette situation se traduisait à la base par ce que les rapports de forceont toujours entrainé comme conséquences sur le partenaire le plus faible, à savoir soumission, absence d’initiatives, peur, etc ; mais ceci n’est que la partie visible de l’iceberg.
L’exclusion de la masse des travailleurs de toute participation à la vie de l’entreprise, les relations de travail administrées…, sont des facteurs qui induisent la naissance de ce qui est appelé par les sociologues l’organisation informelle. Contrairement, à l’organisation formelle, représentée par les relations hiérarchisées, schématisées d’une manière générale par les organigrammes ou les postes de travail subalternes de maitrise ou d’encadrement sont à la perfection tracées, en vue de la réalisation des objectifs de l’entreprise,, l’organisation informelle est basée sur des relations personnelles voire passionnelles.
Son développement négatif ne peut s’arrêter que si elle est prise en charge scientifiquement Il est évident que c’est de l’interaction continue entre les deux organisations (formelle et informelle) que la structure d’un organisme résulte.
Ici, il est utile de rappeler que le mouvement des travailleurs algériens au lendemain d’Octobre 1988, avec ce qu’il avait comme charge émotionnelle ou le ressentiment le disputait à la haine, exprimait en dernier lieu tout ce qui s’est cristallisé dans les milieux de travail pendant les années ou les rapports de travail se distinguaient par les rapports de force.
De dures grèves ont été– et sont encore- la manifestation naturelle des années d’interdiction. Jusqu’à nos jours des grèves illimitées sont entamées dans certaines de nos entreprises sans qu’elles débouchent pour autant sur des résultats probants, étant donné que leur règlement se termine toujours par des injonctions ou la médiation d’une partie externe.
Evidement le contraire c’est-à-dire le règlement du conflit par les partenaires eux-mêmes, serait plus bénéfique et plus utile pour l’entreprise pour la plus simple raison que ce mode permet, au moins,, l’instauration d’un dialogue ce qui réduit des clivages, des mésententes…
C’est pourquoi les spécialistes du travail cherchent toujours à déterminer les causes d’une situation donnée dans la structure de l’organisation
Dans notre pays les études en milieu de travail bien qu’elles existent ne sont guère exploitées principalement pour deux raisons. L’expérience du milieu de travail nous apprend que celles-ci , c’est-à-dire les études, généralement réalisées dans le cadre de préparation de mémoires ou de thèses universitaires sont quasiment négligées pour ne pas dire considérée comme dénuées de tout fondement scientifique par des gestionnaires habitués à confier leurs problèmes à des agences étrangères.
En second lieu les années de développement industriel qu’a connu notre paysse sont passées en course effrénées pour l’achat d’usines et d’ateliers dans le cadre de contrats clefs ou produits en main. Et certainement, pour des raisons de non maitrise les esprits sont obnubilés par la concrétisation d’un seul objectifqui est le renouvellement des installations.
Cela suppose donc, qu’enréglant ce problème de PDR tout marcherait comme sur des roulettes. Néanmoins bien que l’entretien de nos usines est primordial avec ce qu’il exige comme moyens, il ne faut pas perdre de vue que le plus important dans toute organisation est l’homme. C’est de l’homme que dépend la marche de l’entreprise. Ce sont les groupes de travailleurs organisés en équipes, services, département…qui permettent la réalisation des objectifs de celle-ci (l’organisation)
Malheureusement, cet aspect, aujourd’hui comme hier, n’a jamais été le point fort de nos dirigeants. C’est, donc, désarmés que ces dirigeants affrontent les problèmes La communication, l’hygiène et la sécurité, la connaissance des groupes de travailet d’une manière générale, les conditions de travail n’ont jamais eu la primauté.
Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on va apprendre ce que les pays industrialisés ont mis des dizaines d’années à concocter L’absence de traditions ?En ce domaine apparaitpar exemple, dans le règlement de conflits, ou le dialogue entre les partenaires, est très difficile pour ne pas dire absent.
Ce sont des adversaires amoureux de leurs prérogatives que sont l’employeur et le syndicat
Il n’est pas besoin d’être expert pour dire que la source des malentendus réside dans la faiblesse de la communication.
On voit, donc, que la gestion de naguère en comparaison avec les changements que connait le monde du travail qui s’appuyait sur des décrets, en ne s’embarrassant d’aucun effort pour comprendre les problèmes des travailleurs a les mains liées pour régler tout ce qui a trait aux rapports de travail.
Des insuffisances dues à plusieurs facteurs existent dont la guerre des tranchées ayant pour but des objectifs beaucoup plus partisans que l’amélioration des conditions de vie des salariés.
La nature des revendications syndicales reste tournée vers l’amélioration des salaires. Même les conditions de travail sont appréhendées sous leurs formes pécuniaires
Par-là, il faut surtout entendre les nuisances de travail tels que le danger, la salissure, l’insalubrité…
A ce propos, il faut dire que quelles que soient les primes qui peuvent être octroyées aux travailleurs, elles ne remplaceront jamais les actions de correction et d’amélioration des postes de travail. C’est dire que les primes de nuisance ne peuvent être considérées comme un acquis
Ce qui importe le plus, c’est l’amélioration de la qualité de la vie au travail, la création d’un climat interne qui favorise un travail régulier, l’échange d’information, la participation des différents membres du collectif à la vie de l’entreprise, d’où la création de nouvelles attitudes des travailleurs envers leurstâches et les objectifs de leurs entreprises
Tout ceci débouche, en fin de compte, sur l’implication de tous les acteurs à l’atteinte des prévisions tracées.
Dans l’état actuel de la vie économique, les revendications concernent les salaires,. La cherté de la vie y est pour une grande part dans cette orientation Les états-majors des entreprises et l’état lui-même se concentrent sur l’étude de ce paramètre qui est, à n’en pas douter, le plus important.
Est-ce la raison qui empêche une réflexion plus large que les rapports dans le travail ? Est-ce plutôt la méconnaissance ou la déconsidération de tels paramètres par les dirigeants ?
Cette vision est schématisée par un dirigeant de l’industrie : « je ne verrais pas pourquoi ça ne marcherait pas si la possibilité nous est donnée pour revoir nos équipements. Pour moi, l’amélioration dépend uniquement de ce facteur » soutenait-il. Il va sans dire que ce langage n’est pas fait pour changer ce qui existe.
La question qui se poseà ce propos est quelle est l’utilité de ‘renouvellements quand on sait que la majorité de nos primes n’ont jamais pu atteindre la moitié des capacités installées au plus fort momentde leur existence c’est-à-dire machines neuves, disponibilité de la PDR , assistance technique…
Tout ceci ne peut continuer à être ignoré par les dirigeants. Le plus tôt sera le mieux. Continuer à se pencher sur les salaires ne règlera ni le problème des revenus ni ceux de l’entreprise car, voyons nous, il n’est rien fait pour la compréhension de la globalité du phénomène.
Les solutions aux problèmes de travail ne peuvent se limiter aux actions coups de poing.

