OUFELLA ACHOUR
On s’appelle depuis presque toutes les régions du payset on cale des dates pour être,dès potron-minet, au rendez-vous de la grande poste à Alger. Un rituel auquel se prête nombre de passionnés, notamment ceuxqui viennent de loin, et se déplacentnuitamment.
En quelques dizaines d’années, la manifestation hebdomadaire, algéroise s’est taillée une place désormais centrale sur la scène nationale, auprès des collectionneurs. Cette ouverture au public, sonne comme une occasion unique de découvrir (ou de redécouvrir) un univers hors norme et de pénétrer au cœur des classeurs de timbres, des albums de cartes-postales, des coffrets de monnaies et d’autres objets. Les profils attirés sont très diversifiés. Que dire alors, des échanges (achats et ventes), rythmant ces matinées de samedis, dans ce coin de la capitale, à l’insolente beauté ?
Si l’on devait lister les passions ayant eu une importance dans l’histoire des collections, on commencerait forcément par évoquer dans l’ordre, la philatélie et la numismatique. Elles ont en commun, le privilège d’avoir un émetteur unique: l’Etat, à travers respectivement, Algérie-poste et la Banque d’Algérie. La monnaie est un témoin des rapports forts, entre l’état et la population. Mais c’est le timbre-poste qui compte le plus d’adeptes et de clients. Et, mise à part les CPA (cartes-postales anciennes), la question des autres collections peut se poser, à la marge pour ce qui est de la pratique ou de l’ingénierie. A l’exemple insolite, de la vague ‘‘Pinsomania’’ : quand poussé par des productions publicitaires intenses, dans les années 1980-1990, le pin’s était devenu un objet de collection.
La place a suaffronter efficacement les crises qui ont jalonné ces dernières années. Pandémie, inflation ou pénurie de matériel philatélique, n’ont généré aucune catastrophe. Nos compatriotes expatriés (Belgique, France et Royaume-Uni) sont également de retour après plus de deux longues années d’absence. Les groupes se reforment, sur le fief du cœur et des racines, où le ravissement semble toujours le même. Les transactions reprennent et les nouveaux arrivants ont accès à leur premier achat. Par ailleurs, la communauté compte d’éminents collectionneurs, acheteurs potentiels, qui viennent donner leur carte de visite. Car il est des ‘‘pièces à vous couper le souffle’’ – en général des timbres fautés, des monnaies défectueuses ou mal frappées- accessibles à certains privilégiés et surtout dispensées de photos sur les sites de vente ou des réseaux sociaux.
Pratiquement, quatre rendez-vous par mois, donnent l’occasion de se rencontrer, d’échanger et de s’emballer. Ça fait sacrément du bien. Parce que même la passion la plus exigeante ne vaut que si elle est largement partagée.

